Joffre Roland, photographe puis écrivain,
je suis passé de l'art des images à celui des mots.

Un écrivain a la faculté d'amener ses lecteurs dans des voyages qu'ils ne feront jamais.

Ouvrages

Retrouvez ici tous mes ouvrages parus. Pour chacun d'entre eux vous pourrez en apprécier les premières pages.

La Traque Roland Joffre

  • Deux jeunes filles sont enlevées dans les États de Louisiane et du Mississippi par un certain Victor Myst qui revendique ces kidnappings. Le Marshall Gérald Phillips et son équipe se lancent à la poursuite d'un tueur impitoyable qui va les conduire aux limites de la folie et de la perversité.
  • 3RJ 19,50€
  • 20/12/2014
  • 945 pages

Le Caméléon Roland Joffre

  • Suite et fin de La Traque.
    Après avoir échappé aux agents lancés après lui, Victor Myst réapparait à Vancouver. Aucun d'eux n'a oublié la tuerie engendrée par ce monstre l'an passé. Il est temps que ce carnage s'arrête, mais comment stopper un tueur qui s'ingénie à déjouer tous leurs pièges?
  • 3RJ 19,50€
  • 20/12/2014
  • 778 pages

Tous mes livres sont également disponibles au format Kindle.
Retrouvez ici toute ma collection.

La
Traque

Jennings État de Louisiane, dimanche 10 Juin 1994.

Au Mémorial Hôpital, ce jour du 10 juin resterait pour de nombreuses personnes dans les mémoires.
La journée avait commencé calmement, à six heures du matin et Marion Calligan, infirmière secouriste, buvait son premier café tout en consultant le planning du jour.
Le Dr Charles Rausfeld, patron des urgentistes vînt se joindre à elle à six heures trente.
Une ambulance amena un blessé léger vers sept heures ; journée tranquille pensa Marion.
Faut dire qu’en ce début d’été, la ville de Jennings sortait paresseusement d’un doux printemps pour se préparer à accueillir sous peu l’afflux de nombreux touristes. Situé entre les villes de Lafayette et Bâton Rouge, le bourg, fort de ses 10 000 habitants à l’année, en accueillait plus de 32 000 l’été. À 8h05, le dispatcher de service, Franck Elis, reçu l’appel affolé du directeur d’un centre de vacances des environs, lui annonçant l’arrivée d’une trentaine d’enfants et quelques moniteurs ayant tous les signes évidents d’une intoxication alimentaire.
Aussitôt, on mobilisa une vingtaine de chariots puis on joignit tous les médecins et infirmières disponibles afin qu’ils se tiennent prêt à faire face à cet afflux. Le personnel de salle prépara tout le matériel nécessaire, cuvettes, gants, serviettes et disposa plusieurs lits dans une grande pièce qu’ils séparèrent en box à l’aide de paravents de couleur. On prévint le D.S.P. (Département de la Santé Publique) qui, en accord avec le Maire, mit à leur disposition le foyer communal ; ainsi ils pourraient se reposer et pour ceux dont l’état le permettrait, des repas diététiques leur seraient servis par la cantine de la maison de retraite voisine. Deux fonctionnaires de la santé ainsi qu’un médecin enquêteur de l’hygiène, tous trois d’astreinte ce dimanche-là, vinrent de Lafayette pour s’occuper des formalités liées à leur service respectif.

Le maire ainsi que le shérif du comté arrivèrent à l'hôpital à l’instant même où le bus de la colonie déversait son chargement de jeunes malades à la blancheur spectrale.

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Pas moins de vingt-huit adolescents envahirent la salle des consultations et la matinée entière leur fut consacrée ; il n’y eu heureusement aucun cas sérieux à déplorer.
A 12h30, seuls cinq enfants et deux monitrices restaient en observation tandis que les autres, après avoir avalé un fade bouillon de légumes et une poignée de pilules, étaient dirigés vers le foyer où ils purent se reposer.
A 14h00, le maire et le shérif revinrent à l’hôpital pour interroger les agents du DSP.
Le directeur du centre de vacances, Monsieur Daniels ainsi qu’une monitrice, tenant le poste d'infirmière, leur suggérèrent de se focaliser sur les desserts qu'ils soupçonnaient d’être à l’origine des malaises. Le shérif conduisit les fonctionnaires de la Santé à la colonie afin de rapporter des échantillons d'aliments à fin d’analyses.
Mr Daniels les précédait dans son propre véhicule, accompagné par un adjoint du shérif muni d’un appareil photo pour les besoins du procès-verbal.
Parmi les cinq ados restés en observation, quatre rejoignirent leurs camarades à 14h30 pour une après-midi de détente et de repos. Les deux monitrices qui n’étaient que légèrement indisposées quittèrent elles aussi l’hôpital.
Seul le cas d’une jeune fille de 14 ans, Alexandra Fischer réclama quelques soins supplémentaires ; un des moniteurs de la colo, Daniel Higgin’s vint prendre de ses nouvelles en fin d'après-midi.
- Salut Alex tu va mieux? demanda t'il en s’asseyant en bout du lit.
- Je vais mieux lui répondit l'adolescente ; je ne vois pas pourquoi je dois rester ici à avaler ce bouillon sans goût avec toutes ces pilules plutôt que d'être avec mes amis.
Daniel sourit et lui fit un clin d'œil malicieux.
- Je vais voir ce que je peux faire avec le doc lui promit-il. Au plus tard, tu sortiras demain matin ; tiens, je t’ai amené quelques revues pour te faire passer le temps.
Il posa les magazines sur le rebord de la table de nuit.
- Merci Dan c’est sympa ; dis-moi ça se passe comment à la colo?
- Les agents de la Santé ont décidé de fermer provisoirement le centre.
- Quoi?
- Ils doivent déterminer ce qui vous aurait rendus malades ; selon le

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toubib de l'hygiène, les crèmes desserts seraient en cause, la date était passée.
- Et je suis gourmande... où sont nos affaires?
- Nous allons les récupérer demain matin avec Daniels et les ramener ici ; ensuite nous nettoierons et fermerons la colo jusqu'à l'arrivée des nouveaux, prévus début juillet ; j’espère que tout sera en ordre et que le centre pourra rouvrir.
Alex se redressa, calant au mieux son oreiller.
- Nos parents sont avertis ? demanda-t-elle.
- Oui, Daniels les a tous appelés aujourd'hui pour les rassurer. Il leur a dit que rien de grave ne vous était arrivé mais que la colo, par mesure de sécurité devait fermer plutôt que prévu. Certains parents, dont les tiens, arrivent demain vous chercher. Les autres, nous les ramenons avec le bus. Bon dit-il en se levant, je te laisse te reposer. Si j’ai le temps je repasserais ce soir. Tu n’as besoin de rien d'autre ?
- Non, merci encore pour les revues ; tu envoies le bonjour aux copains ? Je les verrai demain matin.
- Ok mais promets-moi de te reposer ; tchao.
La porte refermée, Daniel se mit à la recherche du docteur Rausfeld qu’il trouva dans la salle des infirmières ; il se préparait à rentrer chez lui et donnait ses instructions pour la nuit. Il lui confirma la sortie d’Alexandra le lendemain dès 8h00. Higgin’s revint à la chambre d’Alex ; s’apercevant qu’elle s’était assoupie, il referma doucement la porte et descendit dans le hall pour se diriger, un petit sourire aux lèvres, vers la sortie. Il revint le soir même, fumer une cigarette en compagnie du vigile. Selon les dires de la secrétaire de l’accueil, interrogée plus tard par les fédéraux, elle aurait vu le jeune homme glisser une enveloppe kraft dans la poche du blouson du gardien, et ensuite s’en aller. Il était 20h30, heure à laquelle elle quittait son service. Retournant à l’intérieur, le gardien sembla éviter son regard, ce qui lui parut surprenant ayant toujours eu un petit mot gentil à dire ; ce soir-là, il semblait visiblement embarrassé.

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Mémorial Hôpital, Jennings, lundi 11 Juin.

Au Mémorial Hôpital, ce jour du 10 juin resterait pour de nombreuses personnes dans les mémoires.
C’est en prenant son service à 6h00, comme tous les jours de la semaine, que l’infirmière Marion Calligan nota sur sa fiche de liaison l’absence d’Alexandra Fischer lors de sa première visite. Elle en conclut que le docteur Rausfeld l’avait autorisée à sortir la veille au soir afin de rejoindre ses camarades. Elle se promit de le vérifier sur le planning des infirmières de nuit aussitôt qu’elle aurait terminé ses visites.
Dans la matinée, les pompiers amenèrent trois accidentés de la route, dont un grave, qu’il fallut opérer immédiatement. Moins d'une demi-heure plus tard ce fut une ambulance qui arriva toutes sirènes hurlantes et déposa une femme enceinte hystérique, beuglant qu’elle allait accoucher là, dans le hall d’entrée ; elle fut suivi quelques minutes plus tard par son mari furieux qui réclama d'être auprès d’elle. L’homme se calma grâce à l’intervention vive et tranchante du Docteur Rausfeld.
Vers 7h40, le calme étant revenu, Marion fut avertie par une employée des cuisines amenant le petit-déjeuner à la chambre 12, que celle-ci était vide alors que l’on ne lui avait signalé aucun départ. Avec tout ce raffut, Marion avait oublié de vérifier le planning. Elle se rendit aussitôt dans la chambre d’Alex. Vide ! Elle vérifia les toilettes ainsi que la salle de détente au fond du couloir ; même résultat ! Elle se rendit aussitôt au local des infirmières et vit que la jeune fille ne devait sortir que ce matin, à 8h00.
Elle joignit Rausfeld qui lui confirma qu’il devait procéder à un dernier examen de sa patiente avant de lui autoriser sa sortie.
- Qu’est-ce que c'est que cette histoire ? dit-il après avoir écouté Marion ; comment serait-elle sortie?
Ils se rendirent à la chambre 12, revinrent jusqu’à la salle d’attente et durent se rendre à l’évidence, la patiente avait fugué. Avant d’alerter le directeur de la colonie, il demanda à tout le personnel de fouiller l'hôpital et les extérieurs.
De son côté, il appela son collègue, le Docteur Evans de garde cette nuit afin de savoir si quelqu’un de la colonie était venu voir la patiente de la chambre 12 après son départ, hier soir à 19h00 et aurait pris la

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responsabilité de la faire sortir. Celui-ci lui affirma que personne n’était passé et n’aurait, en aucun cas fait sortir la jeune fille sans son autorisation.
- J’ai moi-même procédé à la visite de 20h00 et tous les patients étaient présents dans leur chambre.
- Tu n’as rien remarqué de particulier? La patiente de la 12 était-elle là ? Evans réfléchit.
- Oui, absolument. Elle regardait la télé ; je lui ai demandé si elle ne manquait rien ; elle m’a répondu qu’il lui tardait de sortir. À ce moment-là, je me suis souvenu d’une enveloppe que m’avait remise Martin, le gardien, pour elle. C’était un moniteur qui lui avait demandé de la lui faire passer. Je lui ai donné.
- Tu connais son contenu?
- Oui, elle me l’a montré en riant. C’était un dessin la représentant telle une momie bardée de bandelettes. Je lui ai souhaité une bonne nuit et lui ai recommandé de bien prendre ses médicaments et j’ai poursuivi mes visites ; tu crois à une fugue ?
Rausfeld se frotta le menton, visiblement soucieux.
- Je n’en sais rien.
- Tu as appelé Daniels, le directeur de la colo ?
- Non pas encore. Je voulais avant être sûr… qui était de garde cette nuit avec toi ?
- Sandra ! Ecoute, bouge pas j’arrive.
Avant que Rausfeld réponde, son ami avait raccroché.
Dix minutes plus tard, il garait son véhicule au parking et retrouvait son collègue. Il était accompagné de Sandra, l’infirmière de nuit.
Le docteur Rausfeld leur résuma la situation.
- Avez-vous remarqué quelque chose de particulier cette nuit Sandra ?
La jeune fille secoua la tête.
- Rien de particulier monsieur…
- Dites-nous quand même Sandra demanda Evans, concernant la petite Alexandra Fischer de la 12.
- Bien monsieur. Ma première visite a eu lieu à 21h00 ; la patiente du 12 regardait la télévision ; je lui ai souhaité une bonne nuit. A ma seconde ronde, il était 22h30 ; je suis entrée doucement, elle semblait dormir. Vous m’aviez demandé docteur Evans de vérifier si les comprimés des patients avaient été bien pris. J’ai ramassé le plateau

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sur la table de chevet ; il était vide et je... attendez !
Le cœur du toubib s’accéléra
- Oui ? quoi donc ?
- La télé était restée allumée ; je l’ai éteinte.
Le médecin souffla.
- La patiente était dans son lit, vous l’avez vue ?
L’infirmière réfléchit.
- Heu…oui elle y était... enfin, je pense.
- Comment cela ? Vous n’en êtes pas sûre ?
- Heu… non, attendez, j’avoue que maintenant j’ai comme un doute.... mais non ! Elle était de dos, tournée vers la fenêtre. Je… je ne suis plus sûre de rien monsieur.
Evans lui tapota paternellement l’épaule.
- Calmez-vous Sandra, ça va aller. Dites à Roselyne de vous raccompagner chez vous et reposez-vous ; on se voit ce soir.
Les docteurs Charles Rausfeld et Edouard Evans suivirent des yeux l’infirmière qui s’éloignait.
- Faudra envisager de la passer de jour dit Evans. Je vais voir le gardien, tu m’accompagnes ?
- Oui, je demande à tout le monde de reprendre son poste, j’appelle le directeur de la colonie et je te rejoins à l’entrée.
Le gardien avait pris son poste à 19h50, confirmé par le registre des entrées, pour le terminer à 4h00.
- Vous êtes-vous absenté de votre poste ? demanda Charles.
- Oui monsieur, aux environs de 22h30 pour me rendre aux toilettes ; dix minutes tout au plus.
- Vous n’avez pas fermé les portes à clé pendant ce laps de temps ? s’informa Edouard
- Non monsieur fit le gardien surpris, pourquoi l’aurais-je fait ? Je ferme lorsque je pars.
Les deux hommes le remercièrent et allèrent s’asseoir à l’accueil.
Rausfeld parla le premier.
- Ce n’est pas suffisant pour que la petite quitte l’hôpital, ou qu’une personne extérieure entre.
- A moins de guetter le moment propice où le gardien quitte son poste lui répondit Evans.
- Elle aurait donc fait une fugue ? Mais pourquoi ?

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- Appelle Daniels, il le sait peut-être dit Edouard.
- Je l’ai déjà fait. Prends-moi un café veux-tu ?
- Ouais nous allons en avoir besoin !

Le directeur de la colonie arriva moins d’une demi-heure plus tard.
D’un commun accord, ils décidèrent d’appeler le bureau du Shérif.
Monsieur Donald Fischer, Président de la Haute Cour de Justice de l’état, père d’Alexandra et son épouse Leila, habitaient à La Nouvelle-Orléans ; ils arrivèrent à Bâton Rouge en fin de matinée. Le Shérif les pria de le suivre jusqu’à la mairie de Jennings à May Street où une réunion de crise se tenait afin d’informer les arrivants de la situation.
Le couple Fischer était attendu par le Maire qui les assura de son soutien inconditionnel et leur offrit l’hébergement dans sa propre demeure, située à deux pas de la mairie. Les hommes du Shérif passèrent l’hôpital au peigne fin sans rien trouver. Après avoir interrogé le personnel de l’hôpital et de la colonie, le Shérif décida d’alerter le F.B.I. Deux bus se présentèrent en début d’après-midi et emportèrent les jeunes vacanciers restant et le personnel de la colonie. Seuls restèrent, à la demande des autorités, le directeur Daniels et le moniteur Higgin’s, dernière personne à avoir parlé avec Alexandra. Vers 17h00, plusieurs véhicules 4x4 banalisés suivis par un camion bâché stoppèrent devant la mairie. Une demi-douzaine d’agents fédéraux en civil ainsi que d’autres portant blousons avec le sigle FBI se rassemblèrent autour de la place. Un fourgon hérissé d’antennes rejoignit le reste de la troupe. Sur ses flancs on pouvait lire SWATT. Une remorque transportant plusieurs zodiacs y était attelée. Deux nouveaux 4x4 vinrent se ranger à ses côtés. Plusieurs agents cagoulés, vêtus de combinaison noire en descendirent, attendant les ordres, pistolets-mitrailleurs en main.
Un homme s’avança vers les parents d’Alexandra.
- Monsieur, madame Fischer, bonjour dit-il en leur serrant la main ; je suis le Marshal Gérald Phillips, responsable de cette mission. Mon équipe et moi allons tout mettre en œuvre pour retrouver rapidement votre enfant. Peut-on parler dans un lieu plus calme ? Le maire s’approcha et à son tour, lui serra la main.
- Venez, allons dans la salle du conseil à la mairie.
Le Marshal parla longuement avec les parents d’Alex, évoquant la

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fugue ou l’accident.
Il rendit ensuite visite aux directeurs de l’hôpital accompagné de ses deux proches collaborateurs, les agents Pratt et Hottman. Le personnel, les patients ainsi que leur famille furent interrogés.

Le lendemain matin, munis du portrait de la disparue, les agents arpentèrent la ville et firent du porte à porte. La salle de conseil de la mairie se transforma pour l’occasion en salle d’interrogatoires. Des barrages dans un rayon de 100 km furent érigés, des hélicoptères de la garde nationale survolèrent, tels de gros frelons, toute la région. Il fut établi, avec le Shérif et les agents du SWAT, une zone regroupant tous les points d’eau des environs immédiats. Peu après, le fourgon prit la direction du premier étang.
L’agent Rogers du NSA interrogea longuement le vigile de l’établissement hospitalier, un certain Martin Gurney. Il nota le tout sur son calepin. Employé depuis deux mois à ce poste et envoyé par l’agence Security Bull dont les bureaux étaient sur le port marchand de Bâton Rouge. Son emploi du temps fut confirmé par un des patrons de l’hôpital et une employée de l’accueil. A la question :
- Quel était le contenu de la lettre que le moniteur lui avait remis la veille au soir ?
Gurney l’ignorait. N’étant pas autorisé à quitter son poste, il l’avait confiée au docteur Evans aux environs de 20h00, ce qui fut confirmé par ce dernier.
- Selon les dires de madame Taylor, à l’accueil, monsieur Higgin’s serait revenu un plus tard et vous auriez discuté avec lui ; de quoi avez-vous parlé ?
- Nous avons fumé et bavardé de choses et d’autres, rien d’important. Le temps d’en griller une quoi !
- Que contenait l’enveloppe de papier kraft qu’il a glissée dans la poche de votre blouson ?
Le gardien prit un air offusqué et rougit violemment.
- Une enveloppe ? dit-il.
- Enveloppe ou paquet !
Tout à coup, il claqua des doigts et un large sourire se dessina sur son visage. Il fouilla ses poches et en sortit deux paquets de cigarettes.
- C’est exact, je n’y pensais plus ! je lui avais demandé de me procurer

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trois paquets de clopes. Ce qu’il a fait.
Reste à confirmer par Higgin’s nota-t-il.
- Vous avez confié aux docteurs Evans et Rausfeld vous être absenté de votre poste dix minutes afin de vous rendre aux toilettes ; est-ce exact ?
- Tout à fait.
- Cela ne peut-être plus ? l’avez-vous contrôlé ?
- Non bien sûr. Disons quinze tout au plus.
L’agent le remercia et nota en marge de son rapport en rouge de lui reposer la question concernant le temps qu’il avait passé aux toilettes ; ce type mentait. Il réinterrogea madame Taylor.
- Il affirme avoir reçu trois paquets de cigarettes. Cela vous semble correct ?
La jeune femme avait hoché la tête.
L’agent spécial Ronald Pratt et sa partenaire Victoria Hottman eurent un entretien avec le moniteur Higgin’s, dernière personne extérieure à l’hôpital à avoir vu l’adolescente. Vic lui demanda s’il connaissait le gardien Gurney. Sa réponse fut négative.
- Pourtant selon les déclarations de madame Taylor à l’accueil, vous sembliez bien vous entendre ?
- Si le fait de discuter en fumant une cigarette ensemble vous permet d’affirmer que deux êtres s’entendent, il va me falloir réviser mes bases.
- Je veux dire par là reprit l’agent en souriant que le fait est que vous êtes revenu un peu plus tard reprendre votre conversation.
- C’est exact, je suis sorti me détendre et fumer ; la journée nous avait secoués et j’éprouvais le besoin de parler à quelqu’un en dehors de la colonie.
- Je comprends. Que contenait l’enveloppe que vous lui avez remise ?
- Pardon ? Quelle enveloppe ?
- Une enveloppe kraft que madame Taylor vous a vu lui remettre précisa l’agent Pratt.
Higgin’s éclata d’un petit rire.
- Elle se trompe monsieur. Il s’agissait d’une poche contenant des paquets de cigarettes qu’il m’avait demandé de lui procurer. D’autres questions ?
- Avez-vous revu Alexandra après cela ?
- Non madame, malheureusement pas.

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- Merci monsieur Higgin’s dit-elle.
Puis ce fut au tour de Daniels, directeur de la colonie. Celui-ci lui confirma avoir demandé à Higgin’s de rendre visite à Alexandra afin de la rassurer et lui dire que ses parents arrivaient le lendemain en fin de matinée.
- Il est sorti vers 20h15 pour fumer et il était de retour une demi-heure plus tard. Nous avons joué à des jeux de société avec les enfants jusqu’à 22h30, heure à laquelle nous sommes tous partis nous coucher.
Rausfeld confirma la présence d’Higgin’s à l’hôpital vers 19h00, la veille au soir.
Les agents fournirent leur rapport au Marshal Phillips et lui firent part de leurs doutes concernant certaines déclarations.
- Nous approfondirons cela demain fit Phillips.

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Jennings, Etat de Louisiane, mercredi 13 juin.

Des battues, avec le concours de l’armée et de nombreux bénévoles débutèrent tôt ce matin-là ; des gardes forestiers venus d’états voisins prêtèrent main-forte aux maîtres-chiens, fouillant tous lieux pouvant cacher la jeune fille. Les bois, talus, champs, fermes abandonnées furent minutieusement inspectés ; les étangs, ruisseaux, rivières et lacs furent sondés par plusieurs équipes de plongeurs. Au fur et à mesure que passaient les heures, l’espoir de retrouver Alexandra s’amenuisait.
Ses parents étaient eux à l’écart de toute cette agitation, pris en charge par les docteurs Evans et Rausfeld. A la demande du Marshal Phillips, le maire sollicita de nouveau leur présence à la mairie pour une énième mise au point avec les agents fédéraux. Au cours de l’interrogatoire, Leila Fischer fut prise d’un malaise et transportée en urgence à hôpital ou le docteur Rausfeld lui administra un tranquillisant et ordonna un repos complet sous la surveillance d’une aide-soignante.
Mr Grantt, gouverneur de la Louisiane arriva en début d’après-midi de Bâton Rouge. En tant qu’ami, mais surtout parrain d’Alexandra, il accepta de faire une déclaration à la presse journalistique et télévisée de plus en plus nombreuse. C’est très ému qu’il déclara que tous moyens en hommes et en matériels seraient mis à la disposition des enquêteurs du FBI et du comté de Jennings jusqu’à la fin de cette tragique disparition. Il implora la presse de laisser faire leur travail aux enquêteurs et de ne plus les harceler. Une revue de presse serait assurée chaque soir par ses services et répondrait à leurs questions.
Donald Fischer l’accompagna jusqu’à l’hôpital où ils purent s’entretenir un court instant avec madame Fischer dont l’état restait préoccupant. Le Gouverneur l’assura de toute son amitié dans cette épreuve et pria Dieu pour que l’on retrouve sa filleule saine et sauve. Ce n’est que tard dans la nuit qu’il quitta Jennings après avoir rencontré l’ensemble des agents fédéraux.

Une dizaine de camions bâchés remplis de soldats arrivèrent dès le lendemain et se mirent au service des agents gouvernementaux.
Après trois jours d’intense fatigue pour la famille et de découragement pour les personnes ayant participé aux recherches, aucune piste ne

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s’était dessinée. Fugue ou enlèvement la question resta posée. Le Marshal Phillips et son équipe durent se résoudre à demander leur participation aux médias.
Ces derniers se mobilisèrent et diffusèrent un avis de recherche à travers tout le pays, tant dans les journaux, émissions spéciales de radio ou invités sur les plateaux télé.
Les agents Hottman et Pratt, se relayèrent au chevet de madame Fischer, passant du temps avec elle, l’écoutant parler de leur fille. Elle sortit le mardi 26 Juin de l’hôpital, malgré l’avis défavorable des médecins. Son état de santé précaire les inquiétait au plus haut point et ils en firent part à son mari. Ce dernier les rassura en leur affirmant que sa belle-sœur et lui-même s’occuperaient d’elle en rentrant chez eux à attendre des nouvelles du FBI.
Des médiums, marabouts, voyants, cartomanciens, sourciers, donnèrent leurs versions concernant la disparition d’Alex. Des journaux à sensations remplacèrent ceux plus sérieux de l’information développant des hypothèses plus farfelues les unes que les autres.
On parla de trafic d’enfants, trafic d’organes, prostitution, enlèvement par une secte… enfin tout servant à vendre du papier.
Les enquêteurs, ayant longtemps privilégié la piste de la fugue, optèrent pour celle plus crédible de l’enlèvement, qu’il fut monté par vengeance de par la position du père ou de son parrain, ou crapuleux et dans ce dernier cas, ils attendaient une demande imminente de rançon, tout en ne négligeant aucune autre piste.

En fin du mois de juin, un agent repéra parmi tous les indices collectés, un incident curieux. Le lendemain de la disparition d’Alexandra, un appel sur le répondeur du standard de l’hôpital, émanant d’un certain Victor Myst, journaliste au Times, qui demandait à parler à Alexandra Fischer afin de l’interviewer sur l’incident survenu à la colonie. Il était alors 22h53. Très surpris, les enquêteurs se mirent aussitôt à la recherche de l’individu. Aucun Victor Myst ne travaillait ou n’avait occupé un quelconque poste au Times. Il en était de même pour d’autres quotidiens à travers le pays ; Le FBI, assisté du NRO et de la NSA, lancèrent une vaste opération de recensement sur toute la côte est américaine. Quatre-vingt-sept personnes portant ce nom plus ou moins bien orthographié, furent interrogées. Leurs alibis patiemment vérifiés

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leur famille, voisins et amis furent soumis à une enquête pointilleuse qui n’amena aucune piste sérieuse mais une grande déception et une perte de temps. Le FBI conclut à l’acte isolé d’un déséquilibré ou d’un journaliste véreux en mal d’information.
Seuls, les agents Ron et Vic prirent très au sérieux ce soi-disant canular. L’avenir leur donna raison.

Juillet arriva avec son lot de touristes, bien plus nombreux cette année-là à Jennings, attirés sans doute par la publicité faite à cette affaire, que d’habitude.
Les parents d’Alexandra passèrent, durant ces jours, de l’espoir à l’attente, de l’attente à l’abattement. Les traits tirés par le manque de sommeil et le peu d’information, ils erraient hagards tels des zombies dans leur maison devenue maintenant trop grande depuis l’absence de leur fille ; Ron et Vic gardèrent le contact avec eux et vinrent souvent les voir. Ils avaient fouillé de fond en comble, mais sans résultats, la chambre d’Alexandra, restée intacte depuis le jour de sa disparition. Leurs présences étaient aussi un soutien moral pour le couple qui voyait qu’aucun d’eux ne lâchait l’affaire. Mais plus les jours passaient et plus l’enquête piétinait. Le magistrat et sa femme avait mis entre parenthèses leur travail, aidant de leur mieux les agents qui passaient leur vie intime et professionnelle au crible.
Le 28 juillet au matin, les parents d’Alexandra reçurent un colis à leur domicile par un livreur de chez Fedex. Ils reconnurent avec stupeur l’écriture de leur fille. Ils appelèrent aussitôt le Marshal Phillips qui arriva rapidement à Bâton Rouge avec des agents de la CRIM (Centre de Recherche de l’Imagerie Médicale). Après un long examen du paquet suspect, ils l’ouvrirent avec d’infinies précautions. Bien pliés et repassés, les vêtements que portait Alexandra lors de sa disparition apparurent. Sur le dessus, agrafé à une lettre dactylographiée portant l’annotation : A l’intention du FBI, un Polaroïd montrant la jeune fille, assise nue sur une couverture grossière de l’armée, les mains entravées avec une corde de chanvre. Elle se tenait appuyée contre une grosse cuve blanche, sans doute un cumulus, les yeux ruisselants de larmes. Un journal, cachant son intimité, portait au-dessus de gros titres, la date du 24 juillet 1994. Cela confirma qu’elle était toujours en vie la veille de l’envoi du colis, expédié de la New Orléans le 25 juillet à

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16h00, comme l’attestait le cachet de la poste.
Muni de gants en latex, le Marshal ouvrit l’enveloppe. La lettre, tapée à la machine, annonçait qu’il ne serait fait aucun mal à l’adolescente si ses instructions à venir étaient scrupuleusement respectées. Il prendrait lui-même contact avec le FBI. De multiples précautions avaient été prises afin que les fédéraux ne puissent retrouver leur trace. Le message se terminait par ces deux simples consonnes évoquant une signature : V.M.
Il s’agissait bien d’un enlèvement.
Le FBI fit immédiatement le rapprochement avec le soi-disant journaliste, Victor Myst.
Aucune empreinte sur la lettre ni sur le gommage de l’enveloppe, mais ils savaient Alexandra vivante. Gérald Phillips réunit ses proches collaborateurs ; il était inquiet. Ron et Vic ne l’étaient pas moins.
Aucune de demande de rançon! Quelles étaient les véritables intentions du ravisseur ? A la vue de sa fille exposée ainsi, Leila Fischer fut prise de terribles tremblements et de suffocations. Le médecin urgentiste qui l’examina demanda aussitôt son hospitalisation en maison de repos avec une surveillance constante ; son état déjà dépressif venait de s’aggraver de manière alarmante.
Il fut très compliqué, suite à cela, d’annoncer à Donald Fischer qu’il ne restait plus à l’équipe du Marshal, qu'attendre des nouvelles du ravisseur.

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Malvers, État du Mississippi, 1 août 1994.

Le camp des scouts était situé à l’orée d’une immense forêt de chênes, de pins et de cèdres, tout près du village de Malvers, à une vingtaine de kilomètres de Jackson, ville principale de l’état.
Ce jeudi 1er août, une chaleur étouffante s’était soudainement abattue sur la région.
Par un sentier ceinturant la forêt, on accédait, après dix minutes de marche, à un des nombreux lacs de montagne disséminés un peu partout dans la région. A l’orée d’un bois, sur un sol relativement plat, se dressaient une douzaine de tentes de toile, plantées à intervalle régulier. Au centre de la clairière, fixé au sol et maintenu par de solides piliers en alu et d’épais cordages, on avait érigé un petit chapiteau abritant plusieurs tables et bancs. Dans le fond, reposait une cantinière en aluminium sur laquelle une grosse marmite laissait échapper un léger nuage de fumée; à ses côtés, se tenait un large grill d’où grésillaient des saucisses, merguez et côtelettes. D’une main experte, un jeune homme s’occupait de leur cuisson.
- Wendy, hé Wendy ! Tu peux venir mettre la table s’il te plaît ?
- J’arrive ; tu m’aide John ? dit la dénommée Wendy à un athlétique jeune homme d’une trentaine d’années qui essuyait consciencieusement les bols.
- No problème Wen; le temps de ranger tout ça et j’arrive répondit-il en souriant. Puis s’adressant au cuistot :
- Ohé, chef ! Tu en as pour longtemps ?
Le jeune ayant le titre de chef, s’essuya à son tablier et lança un clin d’œil malicieux à Wendy.
- Bientôt fini avec la viande quant aux pâtes, quelques instants encore dit-il en sortant la viande cuite pour la déposer sur du papier alu. Il replia et glissa le tout dans le four de la cuisinière encore chaud. Un dernier coup de cuillère en bois dans la marmite des pâtes et il les recouvrit d’un couvercle.
Wendy, très jolie métisse de 22 ans au doux visage ovalisé, disposa les corbeilles emplies de pains et s’avança du haut de son mètre quatre-vingt-trois de sa démarche chaloupée vers lui.
- Hum, que ça sent bon ! Tu es un véritable chef Francis ! dit-elle en

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souriant.
- Je mérite peut-être ma troisième étoile non ?
- En rêve oui ! lui rétorqua John en riant ; prépare-nous un civet de sanglier aux morilles et là, ce n’est pas une étoile mais un oscar que je te décerne !
- Ingrat gronda Francis ; tu mords la main qui te nourrit. Je te mets au défi de me trouver un sanglier et encore moins des morilles !
Tous les trois se mirent à rire et riaient encore lorsqu’une douzaine de jeunes scouts, accompagnés de deux adultes firent leur apparition au détour du sentier menant au lac.
- Sacré ambiance au camp ! remarqua la jeune femme aux cheveux courts et roux. Son adorable frimousse était parcourue de taches de rousseur ce qui lui valait au camp son surnom de poil de carotte.
En fait, elle se nommait Cynthia Lewis ; elle et son mari Marc étaient les responsables du camp ; ils se retrouvaient ainsi depuis plusieurs années avec les deux autres moniteurs, John et Francis. Marc était le plus âgé, trente ans, un vieux aux yeux des jeunes louveteaux.
Wendy elle, entamait sa seconde année avec l’équipe qui l’avait depuis longtemps adoptée pour la douceur de son caractère.
Les jeunes et les anciens finirent par dresser la table et tous firent honneur au repas qu’il leur fut servi.
A la fin du déjeuner, Marc demanda si tout le monde était d’accord pour un cinéma à la ville de Jackson.
Cynthia et Wendy dirent préférer rester au camp et aller ensuite piquer une tête dans le lac.
John murmura à l’oreille de Marc qu’il devait préparer un dessert spécial pour un jeune fêtant ce soir son anniversaire.
- Tu as raison, j’avais zappé la chose reconnut le chef du camp. Il se tourna vers les jeunes. Allez-vous changer. C’est dans une ambiance joyeuse que les jeunes s’éparpillèrent vers les tentes. Départ dans dix minutes ! tant pis pour les retardataires.
Cynthia et John servirent le café.
- On pourrait en profiter pour faire quelques courses fit Francis en levant sa tasse.
- Excellente idée répliqua John. Je ne trouve pas tout ce dont j’ai besoin à Malvers.
- De quoi as-tu besoin?

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Le cuistot se mit à réfléchir.
- Fais-moi plutôt une liste.
John s’empara d’une feuille et écrivit avec application les aliments lui manquant. Il passa le papier à Marc.
Ce dernier ordonna le rassemblement.
- Je compte sur toi John pour surveiller les filles ? Personne ne reste seul et avant de partir au lac, mettez tout sous clé…
- Ne t’en fais pas vieux, j’assume et je veille sur les filles. Détends-toi un peu Marc. On reste de toute façon en contact avec la C.B. ?
- Ouais, tu as raison, excuse-moi. Allez les mômes, on monte dans le bus ! Nous devrions être de retour vers 18h30 ; je vous appelle avant de rentrer.
Après le départ du bus, les deux jeunes femmes et John rangèrent le camp puis aidèrent le chef à la préparation du dessert anniversaire.

Le bus arriva à Jackson à 14h50 ; ils se dirigèrent vers Jackson Square, dans le quartier français, puis se garèrent non loin du parvis de la cathédrale Saint Louis. La séance ne commençant qu’à 15h45, ils flânèrent un moment dans l’immense square avant de s’avancer tranquillement vers le cinéma tout prêt de là. En apercevant l’affiche du film qu’ils allaient visionner, L’arme fatale 4, ils poussèrent des cris de joie. Après deux heures de spectacle, ils ressortirent ravis aux environs de 17h30. Marc laissa Francis et les douze jeunes se rendre au Café du Monde, célèbre brasserie, spécialiste de beignets et de lait chocolaté. Il se rendit en bus dans une grande surface, au dehors de la ville et y fit les courses promises. En sortant, il appela le camp à l’aide de la CB.
- John ?
- Désolé lui fit Cynthia, ce n’est que moi. Tout va ?
- Impeccable, je viens de terminer les achats, je récupère tout le monde et on rentre.
- Ils ont aimé le film ?
- Ils vont en rêver toute la nuit, oui. Où sont John et Wendy ?
- En train de nager. Ils ne vont pas tarder. Je te laisse, à tout à l’heure.
Il était 18h15 lorsqu’ils passèrent devant le Cabildo, autrefois siège du gouvernement espagnol, puis français avant de devenir celui de l’union et aujourd’hui un musée, le Louisina State Muséum, leur expliqua

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Marc. Mais ses explications historiques se perdirent dans un gai brouhaha où les coups de feu rivalisaient avec les bagarres des deux héros du film.

A 15h30, le gâteau était fin prêt ; John le laissa reposer sous une cloche en verre, à l’abri des insectes. Ils fermèrent tentes et cantine puis partirent enfin vers le lac ou selon Cynthia, l’eau était d’une incroyable clarté.
La journée était belle, sans un nuage. La senteur des pins et des cèdres ajoutait à cette atmosphère une douceur et un bien-être incomparable.
Cynthia et John se séchaient alors que Wendy, dans un crawl puissant, effectuait des allers-retours entre un petit îlot posé au milieu du lac et la rive.
- Tu t’entraînes pour les prochains jeux olympiques demanda Cynthia en riant quand celle-ci les rejoignit.
- Presque dit-elle en reprenant son souffle ; l’effort physique me manque. J’aimerai faire un peu de plongée du côté de l’île, l’un de vous m’accompagne ?
- Heu.... non merci fit Cynthia, ce n’est pas mon truc ; j’ai déjà donné ce matin avec Marc et les ados merci. Elle regarda sa montre. Les aiguilles affichaient 17h15. Je vais rentrer et compléter la liste de ce que nous allons emporter demain pour la rando, ça nous avancera.
- Je viens t’aider ? proposa la métisse.
Cynthia secoua la tête.
- Non c’est gentil à toi mais je vais le faire tranquille. Profite au contraire de cette belle journée pour t’éclater.
John plia sa serviette et se tourna vers ses deux amies.
- Hé bien puisque personne ne me le propose, je veux bien te suivre à la pêche aux trésors ! dit-il. Tu me laisses le temps d’aller chercher un masque et un tuba et je suis ton homme ! Accorde-moi dix minutes et ne bouge pas d’ici.
Wendy lui lança un sourire éclatant.
- Je crois entendre mon père quand j’avais une douzaine d’années. Je te promets de rester là ; de toute manière, je ne connais pas bien le coin et la plongée en solo ne me tente pas. Ne te sens pas obligé de m’accompagner ! Tu peux rester sur la rive et m’attendre tout en bronzant, tu sais ?

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- Ouais répondit le jeune homme avec une grimace et que va me dire Marc ? Suppose qu’un monstre tapi dans les profondeurs tente de t’attirer à lui, hein !, hé bien, je serai là pour te défendre et te sauver de ses puissantes griffes dit-il en bombant le torse. Tous trois se mirent à rire de bon cœur. Puis redevenant sérieux. Tu peux avoir une crampe, ça arrive!, de plus, je ne suis pas contre de faire un petit plongeon, si tu ne te moques pas de moi…
- Je ne suis pas une championne, rassure-toi. Je te montrerai quelques petits trucs dit-elle espiègle. Je me repose en t’attendant.
Les deux moniteurs partis, Wendy s’allongea sur sa serviette et ferma ses yeux, bercée par le silence qu’accompagnait le piaillement des oiseaux. Elle était bien et se surprit même à frissonner.
Elle s’assoupit légèrement. Tout à coup, elle ouvrit grand les yeux. Quelque chose clochait !
Elle réalisa que c’était le silence. Aucun bruit ni chant d’oiseaux ! Curieuse, elle se redressa, appuyée sur un coude. Au moment où elle tournait la tête, une énorme main lui emprisonna sa bouche tandis qu’une forte odeur de chloroforme imprégnait son nez. Dans le brouillard qui s’ensuivit, il lui sembla apercevoir un masque de démon penché sur elle. Rapidement la douleur submergeant son crâne disparut et elle sombra dans l’inconscience. Un sac de jute recouvrit son visage et deux bras puissants la soulevèrent de terre, tel un fétu de paille pour la charger sur l’épaule de son agresseur. Celui-ci se figea un instant, écoutant autour de lui. Satisfait, il partit d’une démarche lourde avec sa proie vers les bois, empruntant un chemin caillouteux le menant jusqu’à un 4x4 noir garé en bordure de fossé.
Il déposa délicatement son fardeau sur la banquette arrière, jetant au passage un regard avide sur les seins ronds et pleins de la jeune fille ; puis secouant la tête, il l’enroula dans une couverture et la coiffa d’un large chapeau. Il referma doucement la portière, monta dans le véhicule, ôta la vitesse puis, moteur éteint, dévala la pente. La déclinaison du terrain l’obligea à appuyer sur le frein. Le chemin forestier était bordé d’ornières et de branches épineuses qui, sur son passage, griffaient la carrosserie, meurtrissant les suspensions. Le conducteur n’en avait cure, le visage entier concentré sur sa périlleuse descente silencieuse.
Après de longues minutes de cette conduite incertaine, ayant à maintes

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reprises faillit chavirer, il atteignit enfin l’asphalte. Il poussa un long soupir de soulagement et démarra le moteur du puissant 4x4. Il enclencha une vitesse et s’éloigna à toute allure de son lieu de chasse.
La patience dont il avait fait preuve avait porté ses fruits ; il était fier de lui et il l’exprima à haute voix.
- Un vrai travail de pro Wil ! Après quelques kilomètres, il ralentit et se gara sur le bas-côté. Il se retourna vers sa victime toujours endormie. Dans le mouvement qu’il fit, sa chemise retroussée aux poignets remonta, dévoilant un avant-bras musculeux portant un tatouage représentant un crucifix sur lequel s’enroulait un serpent avec les lettres V M en rouge. Il s’assura que la jeune femme respirait paisiblement et reprit la route. Il laissa éclater sa joie dans un rire dément qui envahit l’habitacle et résonna longtemps, cependant qu’il s’éloignait.

Presque au même instant, John arrivait près du lac. Ne voyant pas Wendy, il se mit à râler à haute voix.
- Merde Wendy, tu avais promis de m’attendre!
Il fouilla les alentours puis mit sa main à hauteur des yeux, tentant d’apercevoir la jeune fille sur l’îlot situé à deux cent mètres de lui, mais en vain ; après l’avoir longuement appelée il se résout à faire la traversée.
Il ôta son short et seulement vêtu de son maillot de bain, il plongea dans l’eau fraîche et se mit à nager vigoureusement vers l’îlot ; essoufflé, il prit enfin pied sur celui-ci après un quart d’heure d’efforts. De nouveau, il appela son amie sans obtenir plus de réponse. Très énervé, il fit le tour l’étroite île, criant son prénom. Une sensation de malaise l’envahit ; quelque chose d’anormal était en train de se passer, il en avait la certitude. Wendy ne se serait pas comportée d’elle-même comme ça.
Il scruta l’eau tout en refaisant le chemin en sens inverse et au fur et à mesure que le temps passait, une peur insidieuse s’infiltrait en lui. Au centre de l’îlot se trouvait une petite butte sur laquelle il grimpa, dominant ainsi les hautes herbes ; il l’appela encore et encore. Au bout de dix minutes d’efforts, il s’effondra impuissant et il se mit à pleurer comme un enfant. Au bout d’un moment, grelottant de froid, il se remit à l’eau et d’une nage rageuse, regagna la rive ; il revêtit son short et

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sans prendre le temps de s’essuyer, il regagna en courant le camp.
Le souffle court, le visage hagard, il arriva au moment même où le bus stoppait. La porte coulissante s’ouvrit, déversant un groupe bruyant d’enfants surexcités et heureux.
Les cris, les rires s’arrêtèrent net quand il apparut la mine défaite et chancelant. D’un même élan, les trois moniteurs se précipitèrent vers lui. Ils le firent asseoir et lui demandèrent ce qu’il se passait. John leur raconta la soudaine disparition de Wendy.
La consternation et l’incompréhension se lisaient sur leurs visages.
Marc calma tout le monde, adolescents compris.
- Il fait encore jour fit-il. Nous allons former des groupes et rechercher Wendy. Nous explorerons tous les bois autour du lac. Allez tous chercher vos lampes de poche. Cinq minutes plus tard, tous étaient de retour ; ils s’étaient changés et avaient revêtu des vêtements chauds. Ils se dirigèrent à l’endroit où Wendy avait été vue pour la dernière fois.
- Nous allons former des groupes de trois et nous resterons en contact visuel ordonna Marc. Fouillons le plus de terrain avant que la nuit ne tombe. Elle a pu avoir une insolation ou un accident dit-il sans trop y croire.
Après une heure de recherches infructueuses, Éric, un ado les appela pour leur signaler des empreintes profondes laissées par de grosses chaussures se dirigeant vers les sous-bois.
- Ne piétinons pas l’endroit fit Cynthia en instaurant un large périmètre de sécurité le long des marques ; il s’agit sûrement de pas laissés par un randonneur ou un campeur ; pas mal de monde connaît cet endroit. Il commençait à faire sombre. Il est tard poursuivit-elle nous devrions revenir au camp ; Wendy est peut-être rentrée.
- Tu as raison répondit Marc ; rentre avec John et les gosses. Francis et moi allons voir où nous conduisent ces traces ; nous mangerons plus tard, ne nous attendez pas ; si tu as des nouvelles de Wendy avant nous, appelle-moi sur le portable.
Cynthia observa son compagnon sachant qu’il ne reviendrait pas sur sa décision. Elle rassembla tout le monde.
- Soyez prudents tous les deux fit-elle en s’éloignant.
Marc fit face à Francis.
- Tu as le même sentiment que moi ? Regarde dit-il en pointant le faisceau de sa torche vers le sol, les traces ici sont peu profondes, là,

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celles qui partent vers le bois sont lourdes comme si l’individu était plus chargé à son départ qu’à son arrivée. Qu’en déduis-tu?
- Je.... je n’en sais rien ; je sais plus fit le jeune homme bouleversé; je n’y comprends rien ! Pour suivre ton raisonnement, un type aurait épié Wendy et attendu qu’elle soit seule pour l’enlever ? C’est absurde mec, il secoua la tête, totalement impossible…
Marc tapota l’épaule de son ami.
- Tu as peut-être raison après tout ; suivons ces traces et évitons de les piétiner ; voyons où cela nous mène, d’accord ?
Francis opina sans prononcer un mot. Tous deux suivirent le sentier à la lueur de leurs lampes. Au sortir du bois, un étroit chemin caillouteux stoppa leur avancée. L’herbe sur le côté droit du fossé était couchée, marquée par des empreintes de larges pneus.
- Un 4x4 ou une fourgonnette a stationné ici conclu Marc en se relevant ; allons prévenir le bureau du Shérif ; j’ai bien peur qu’il s’agisse d’un kidnapping.
Francis ayant surmonté son anxiété, à son tour se pencha.
- Revenons au camp dit-il ; si tu dis vrai, les gosses ne sont pas en sécurité.
Ils refirent rapidement le chemin inverse. Tout en marchant, Marc appela la permanence du poste de police de Jackson ; on lui répondit qu’une patrouille se trouvait actuellement dans les environs de Malvers et passerait à leur camp dans moins d’une heure. L’adjoint lui demanda de garder son calme afin de ne pas affoler les enfants. Si la jeune femme revenait qu’il le rappelle aussitôt.
Cynthia les attendait avec anxiété. Elle se jeta dans les bras de Marc.
- Les flics croient qu’elle ne va pas tarder à rentrer ; une patrouille sera là d’ici une heure.
- Vous voulez manger quelque chose ?
Les deux moniteurs secouèrent négativement la tête.
- Où est John? demanda tout à coup Francis.
- J’arrive fit une voix derrière lui. Il sortait de la douche, une serviette enroulée autour du torse. Une minute plus tard, il les rejoignait en passant maladroitement un sweater. Alors, vous avez trouvé quelque chose ? dit-il les yeux avides d’obtenir une bonne nouvelle.
- Désolé John, répondit Francis, les traces nous ont menés… Il s’interrompit, quêtant l’approbation de Marc pour continuer ; celui

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hocha la tête ; jusqu’à un chemin où a stationné un véhicule. Nous pensons à un enlèvement termina-t-il d’un trait.
Le visage de John se décomposa, ses traits se figèrent.
- Quoi? Tu veux me faire croire que Wendy aurait été kidnappée ? C’est impossible ! Je ne suis resté absent que quelques minutes.
- Attendons la police; j’espère me tromper mais ça me surprendrai.
John s’assit en tailleur sur le sol et leur tournant pudiquement le dos, prit son visage dans ses mains se mit à pleurer en silence. Cynthia s’approcha de lui et fit signe aux deux autres garçons de s’éloigner. Elle le prit par les épaules en lui parla à voix basse.
Marc et Francis allèrent vers les tentes. Les ados étaient assis sur leur lit, mordant dans des sandwichs qu’ils s’étaient eux même préparés. Ils attendaient silencieux leurs explications.
Ils leur parlèrent comme à des adultes, taisant l’hypothèse de l’enlèvement ; vaguement rassurés par les propos des adultes, les gosses se couchèrent.
- Ils sont trop abasourdis pour poser la moindre question mais à mon avis ils ne sont pas dupes fit Marc et je t’avoue que c’est mieux comme ça.
- Que voudrais-tu leur apprendre ? Nous-mêmes ne sommes sûrs de rien ! Alors inutile de les affoler en leur parlant de rapt !
- Ouais ! Il sera toujours temps plus tard de leur dire la vérité ; laissons-les se reposer. Tu restes un moment près d’eux ? Je vais retrouver Cynthia et John ; tu m’appelles si ...
- Ne t’en fais pas, je vais rester sur le qui-vive toute la nuit de toute façon !
Les policiers arrivèrent aux environs de 22h00 ; au nombre de trois, ils écoutèrent attentivement le récit de chacun puisse ils rendirent sur le lieu supposé de l’enlèvement. Ils prirent plusieurs photos puis suivirent les traces de pas jusqu’au chemin avant de poursuivre la descente abrupte jusqu’au bord de la route. Il était minuit passé quand ils revinrent au camp. Ils tentèrent maladroitement de rassurer les quatre moniteurs mais ils étaient inquiets. Ils laissèrent sur place un de leur collègue afin de veiller sur le camp ou d’attendre le retour éventuel de la jeune femme.
- Nous reviendrons tôt avec des renforts leur promit le policier. Pour l’instant je ne peux rien vous dire, attendons demain matin, essayez de

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dormir un peu.

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Le
Caméléon

Introduction

En ce mois de mars 1995, une affaire éclata, défrayant la chronique écrite et télévisée du monde entier. Aux Etats-Unis, deux jumeaux, jeunes prodiges en informatique de dix neuf ans, dénoncèrent de graves failles dans les systèmes de sécurité de l’Air Command Stratégies, services de renseignement de l’armée de l’air américaine, protégeant entre autre tous les silos des missiles nucléaires à travers le pays. Les hauts responsables de l’armée traitèrent les deux frères de jeunes emmerdeurs stupides et inconsistants, et les mirent au défit de tenter de s’introduire dans leurs programmes. Vingt-quatre heures plus tard, trois bases ultrasecrètes inconnues du public et de nombreux membres influents du gouvernement se mirent en alerte code orange, dernier rempart de sécurité avant le code rouge mettant en marche la mise à feu automatique des missiles sur des cibles préprogrammées. Dans un premier temps, les ingénieurs pensèrent à une défaillance technique des systèmes électriques et électromagnétiques mais, quand les coupoles abritant les engins meurtriers s’ouvrirent et que le pointage des fusées ne s’orientait plus sur les sites programmés mais sur de grandes villes du pays, ce fut le branle-bas de combat dans tous les services de renseignement et de sécurité. Les bases de lancement piratées furent immédiatement investies par l’armée. Le général en chef des armées dut en informer le président, qui prit la mesure du bouclage complet de dizaines de sites stratégiques à travers le territoire américain. Ayant gagné leur pari, les deux jeunes se laissèrent facilement repérer par la National Security Agency qui les arrêta quelques heures plus tard à Monroe, petite ville au sud de Charlotte en Caroline du sud. Les instances politiques tentèrent d’étouffer l’affaire mais certains journaux, plus à l’affût que d’autres, réussirent à obtenir une interview des deux ados lors de leur interpellation. L’affaire jaillit au plein jour et un énorme scandale ébranla le gouvernement. De hauts responsables furent immédiatement limogés et remplacés dans leurs fonctions ; le général, commandant en chef des armées, donna sa démission, aussitôt acceptée par le président Clinton afin de calmer le peuple qui grondait chaque jour plus fort face à l’incompétence et l’arrogance des chefs d’armées. Oliver et Dany Nolte furent soutenus par des millions de contribuables américains en colère. Sous les écrits

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satiriques des médias du monde entier, un tribunal d’exception les condamna à deux ans de travaux d’intérêt général et à une amende de 300 000 dollars que l’Air Command régla, faisant ainsi preuve de son mea-culpa.
Ben Morris, patron du puissant Conseil National à la Sécurité Américaine, le CNSA, s’intéressa de près à cette affaire et rendit même une visite aux deux petits génies à la prison d’Asheville. Il rencontra le juge fédéral qui avait prononcé le verdict, et lui proposa de prendre les deux jeunes pour leur faire effectuer leur peine au QG du FBI de Valeiro, à San-Antonio. Une nouvelle aile était en construction, regroupant la plupart des services informatiques du FBI. Ils seraient, là, dans leur milieu ! En attendant l’achèvement prochain des travaux, ils resteraient incarcérés dans une prison correctionnelle en Caroline du Nord.

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San-Antonio, lundi 6 novembre 1995, QG de Valeiro. 4h30 du matin.

La journée s’annonçait pluvieuse et fraîche. Toute la nuit, le vent avait soufflé en fortes rafales laissant place à de gros nuages noirs chargés d’électricité. Hormis le ramassage municipal des ordures, nulle âme sensée ne semblait vouloir braver cette nature hostile en ce gris matin.
Sauf peut être ce coureur cagoulé qui venait de surgir au coin de la rue.
- Bonjour Marshal ! lança un des employés de la mairie en remettant une poubelle en place ; déjà prêt pour une nouvelle journée ?
L’homme baissa la capuche de son jogging tout en continuant à trottiner sur place et un sourire se dessina sur son visage ruisselant, mangé par une barbe de quelques jours
- Bonjour à vous Ricardo ! Vous-même êtes levé depuis bien plus longtemps que moi, non ?
- Vrai marshal, mais c’est le job qui veut ça ! Bonne journée ! À demain !
- À demain mon ami, fit l’homme en réajustant sa capuche. Il repartit à petites foulées sous une pluie fine et glacée qui, tout à coup, s’était mise à tomber.
L’homme avait accéléré sa course vers l’entrée d’un parc. Un gardien sortit de sa guérite, le reconnut et lui adressa un salut. Le joggeur le lui rendit et fila sur sa droite, vers un bâtiment neuf de deux étages, en grande partie caché par une luxuriante végétation entretenue avec soin. Il s’arrêta devant une large porte vitrée dûment blindée lui faisant face. Deux caméras pivotèrent dans sa direction ; il rabattit la capuche de son k-way et frotta ses cheveux humides en levant sa tête vers l’œil noir clignotant de l’objectif ; la baie coulissa aussitôt sans bruit. Il se dirigea vers le large bureau d’accueil derrière lequel trônait un gros bonhomme en habit bleu de gardien assis dans un fauteuil à roulettes, en train de finir de mâcher consciencieusement l’énorme sandwich poulet-mayonnaise-fromage-cornichons qu’il tenait dans ses mains potelées. Voyant l’homme au jogging se diriger vers lui, il posa brusquement la longue baguette de pain, tentant maladroitement de l’enfouir dans un casier et saisit une serviette en papier pour s’essuyer.

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- Bonjour Marshal Phillips ! Je ne m’attendais pas à vous voir si tôt ! fit il en rougissant ; la réunion a été déplacée ?
- Bonjour Bernie ! Non, la réunion a toujours lieu à 8h00, rassurez vous, mais nous sommes lundi et le lundi j’aime bien arriver avant tout le monde. Débloquez l’entrée de mon bureau voulez vous ?
- Bien sûr monsieur ! Il pianota sur le clavier de son ordinateur ; c’est fait monsieur ! Je vous souhaite une bonne journée.
- De même pour vous, Bernie, à plus tard. Le policier se dirigea vers le large escalier puis, se ravisant, il s’arrêta et revint vers le gardien.
En le voyant se retourner, Bernie suspendit son geste vers le sandwich.
- Vous avez oublié quelque chose, Marshall ? demanda t-il anxieux.
- Non ! Enfin, oui ; quel âge avez-vous Bernie ?
Le gardien le regarda avec de grands yeux écarquillés, visiblement surpris de sa question.
- Heu… je vous demande pardon monsieur ?
Gérald répéta sa question.
- Je vais faire trente ans le mois prochain monsieur ; pourquoi ?
- Parce que je vous aime bien Bernie, et que je ne voudrais pas que le jeune homme que j’apprécie et à qui je souhaite le bonjour chaque matin, ne vienne un jour me faire le reproche de ne pas avoir pris cinq minutes de mon temps pour le prévenir que l’excès de calories qu’il s’octroie chaque matin risque à la longue de lui être néfaste, voire fatal. Je serais catastrophé, Bernie, qu’un de ces matins prochains on ne m’apprenne que vous avez dû être hospitalisé de toute urgence ; en plus d’être malade vous perdriez un boulot auquel vous tenez non ?
Bernie hocha sa tête, déglutit à plusieurs reprises et sortit d’un geste mécanique le gargantuesque sandwich de son casier pour, avec un air malheureux de chien battu, le glisser dans son emballage et le jeter dans la poubelle ; Gérald eut pitié de lui.
- Écoutez-moi Bernie ! Même si pendant quelques temps vous devez me maudire, je vous promets qu’à la longue vous vous apercevrez que vous venez de faire le bon choix ; mes propos ne sont pas destinés à vous blesser mais au contraire à vous faire prendre conscience des risques que vous prenez. La cafétéria ouvre à 5h30 c'est-à-dire… il consulta sa montre dans une demi-heure. Allez voir le chef et demandez-lui de vous préparer chaque matin, à son arrivée, un vrai

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déjeuner. S’il rouspète dites-lui que c’est moi qui le demande, d’accord ?
Le gardien se leva, essuya consciencieusement sa main à l’aide d’une serviette en papier et la lui tendit par-dessus le comptoir.
- Merci Marshal ! Personne jusqu’à aujourd’hui ne m’avait parlé comme vous l’avez fait ; je vous en suis reconnaissant monsieur !
Gérald secoua la main tendue.
- De rien Bernie ; quels que soient vos problèmes à l’avenir, venez m’en parler ! J’aurai toujours un moment à vous consacrer ainsi qu’aux personnes qui en auraient besoin ; faites passer le mot Bernie, bonne matinée.
- Vous aussi monsieur ! Merci encore.
Gérald grimpa les marches accédant au premier sous l’œil des caméras disséminées un peu partout excepté dans la partie où se trouvait son bureau, direction oblige ! Arrivé au bout du long couloir brillamment éclairé, il se sentit plus léger ; sur la double porte vitrée lui faisant face une simple plaque indiquait Marshal Gérald Phillips - Direction des Recherches
Il introduisit sa carte magnétique dans la fente du boitier placé sur le côté et après un léger déclic, la porte s’ouvrit. Gérald défit ses lacets, prit sa paire de tennis à la main et longea le couloir qui donnait sur un petit hall de réception avec un bureau au rangement impeccable derrière lequel se trouvait un long placard à portes coulissantes. Aux murs d’un bleu très pâle étaient accrochées des photographies encadrées de la ville de San-Antonio. Le hall était brillamment éclairé par des plaques de néons encastrées dans le plafond. Il tourna le bouton placé sous l’interrupteur, baissant l’intensité lumineuse de la pièce.
Six chaises à hauts dossiers recouvertes de tissus aux tons crème s’alignaient face à une petite table basse couverte de revues. Le sol en marbre blanc veiné de noir brillait de mille feux. Une armoire vitrée et réfrigérée attendait que le visiteur se serve de la boisson non alcoolisée dont il avait envie. Sur la gauche s’ouvraient deux portes. La première sur laquelle on pouvait lire Privé était celle de son appartement. Sur la seconde le mot Bureau était inscrit. D’une superficie d’une vingtaine de mètres carrés la pièce était habituellement éclairée dans la journée par une large baie vitrée coulissante et donnait sur un magnifique parc ombragé. Pour l’heure, seules les lampes basse tension permettaient

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d’avoir une vue d’ensemble des lieux ; au centre, un bureau sur lequel des dossiers étaient empilés entre un ordinateur, un téléphone-fax-imprimante, un téléphone filaire relié au bureau de Ben et deux portables en train de charger. Un cadre 15x21 en bois reposait sur un coin. Gérald le prit en main et s’assit lourdement sur l’un des deux fauteuils réservés en principe à ses visiteurs. Il fixa l’image, éprouvant une vive douleur dans la région du cœur. Le visage fin et souriant de Versia McDonnell le renvoya à un passé proche et pourtant si lointain. La photo avait été prise par Sarah lors de leur escapade en bateau, le temps d’un week-end à Tampico au Mexique. Que de souvenirs ! Il secoua la tête et se leva en remettant le cadre à sa place. Il sortit du bureau et poussa la seconde porte. En entrant, il actionna l’interrupteur et longea un petit corridor donnant accès sur le salon. Une douce lumière éclairait une pièce aux tons ocres ; bien plus grande que le bureau voisin, l’ensemble comprenant le salon, la kitchenette, sa chambre et la salle de bains, faisait ici près de quatre vingt mètres carrés ; pour un homme seul, c’était plus que suffisant. Deux baies vitrées coulissantes donnaient sur une large terrasse dominant la partie arrière du parc où de jour, on pouvait jouir des innombrables massifs de fleurs dont l’odeur parfumée montait jusque dans les pièces. Un transat, un hamac, quatre chaises et une petite table de jardin étaient disposés sur le devant. La rambarde était fixée à quatre piliers ronds en bois soutenant l’avancée du toit, évitant à la pluie ou aux rayons ardents du soleil d’y entrer, permettant ainsi de profiter de l’endroit en toutes saisons. Gérald alla dans la cuisine se préparer un café ; en attendant qu’il filtre, il fila sous la douche. A six heures, lavé, sa barbe taillée, vêtu d’un simple caleçon il sortit de la salle de bains en jetant un dernier regard à la glace lui faisant face ; il avait les traits creusés et les yeux fatigués ; de plus la barbe le vieillissait. Avant de boire son café, il attrapa la boite de pilules posée en évidence sur la table, l’ouvrit, prit deux cachets et alla se verser un verre d’eau qu’il avala en grimaçant. On lui avait trouvé une petite tumeur au niveau du poumon droit. Il était allé, accompagné de son beau-frère, consulter le professeur Fabienne Lynch au Mémorial Hospital Center de Houston. Il avait passé toute la journée de salles d’examens en bureaux devant des professionnels à la mine rassurante et, une semaine plus tard, la spécialiste lui avait affirmé que sa tumeur était somme toute bénigne

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mais que par précaution, il prendrait ces pilules une fois par jour pour une durée de six mois. Elle aviserait ensuite. Il but sa tasse de café, mangea une orange et revint dans la chambre. Il lui restait encore du temps avant l’arrivée de ses visiteurs. Il s’allongea sur son lit et, les yeux ouverts, laissa vagabonder ses pensées.
Onze mois déjà que sa vie avait basculé ; il ferma les yeux fit un retour en arrière, occultant les images violentes de cette fin 94, pour se concentrer sur le déroulement des nombreux évènements de cette année 95 qu’il n’avait pas vu passer. Deux visages apparurent : ceux, sereins et amicaux de ses amis Fabio Luciano et Carole Dupré, tous deux travaillant pour le FBI d’Houston. Ils s’étaient s’installés dans la maison inoccupée de Ben et Sarah Morris à San-Antonio et ce depuis la promotion de celui-ci à la Maison Blanche. Gérald avait prit une année sabbatique afin de se remettre en question. Il avait passé plusieurs mois dans le sud de la France chez ses parents qui, pour l’occasion, lui avaient déniché une petite maison de location faisant face aux calanques de Cassis, à quelques encablures de chez eux. Lui et son père partaient ainsi souvent à bord d’un petit bateau à moteur taquiner le poisson. Les premiers mois avaient été pour lui vraiment très durs. Fabio était arrivé en France au printemps et l’avait embarqué, de force, pour un mois entier dans un tour de Corse mémorable. Ils n’étaient rentrés que début juillet à Corpus Christi. Les premières semaines, il avait eu du mal à entrer seul dans sa nouvelle maison, celle ayant appartenu à Versia. Trop de souvenirs, trop de remords et surtout trop de haine envers un tueur toujours en liberté. Sarah Morris, sa sœur et épouse de Ben, était venue avec leur fille Julia passer les vacances d’été jonglant entre sa maison et la leur séparée de quelques arbres ; chaque week-end, des agents, des amis venaient le voir. Ben lui, au vu de ses nouvelles fonctions à la Maison Blanche, attendait impatiemment le mois d’août. Quand enfin ce jour arriva, il amena dans ses bagages Carole et Fabio ; il leur avait proposé à tous deux de passer le mois avec eux, en avouant que son invitation n’était pas totalement désintéressée. En fait, Gérald et lui avaient besoin de bras pour les aider à agrandir sa terrasse extérieure et pratiquer une plus large ouverture dans la cave. Fabio avait accepté avec enthousiasme et Carole, en mettant la condition d’aider Sarah dans ses taches ménagères, se fit une joie de se joindre à l’équipe. Avoir une activité

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physique intensive leur fit du bien, surtout à Gérald. Lors du rangement de ladite cave, ils mirent à jour des trésors de bouteilles oubliées qui ne le furent pas pour tout le monde à en juger par les fous rires qui s’échappaient de temps à autre du cellier, arrivant aux oreilles des deux femmes allongées sur le sable quelques mètres plus loin.
À ce souvenir, un sourire s’afficha sur son visage.
De temps à autre, délaissant les trois hommes, Sarah, Carole et Julia préparaient un pique-nique et passaient leur journée à la plage ou allaient à Corpus Christi ou Kingsville passer l’après-midi à faire les boutiques. Dans le courant du mois, Gérald avait pris des nouvelles de Samantha et de la petite Liza. Toutes deux se remettaient peu à peu de la perte de Ronald Pratt ; Sam leur promit de leur rendre visite dès les prochaines vacances.
Samantha Jones avait pris la direction du CREDA, une cellule spécialisée dans les disparitions d’adolescents, mais elle avait démissionné quelques mois plus tard afin de s’occuper à plein temps de la fille de Ron, Liza, alors âgée de quatre ans. Extrêmement choquée depuis l’assassinat de celui avec lequel elle comptait faire sa nouvelle vie, elle s’était sentie incapable d’assumer les nouvelles charges que son poste exigeait. Ses parents adoptifs et toutes deux partirent s’installer définitivement en Martinique où Ron avait acheté une belle maison créole. C’était le souhait qu’il aurait voulu voir se réaliser après leur mariage, vivre près de leurs nouveaux amis sur l’île aux fleurs. William Bahaut, jeune retraité de 45 ans de l’aviation militaire, où il exerçait le métier d’instructeur de vol, et sa jeune épouse Suzanne, leur rendaient quotidiennement visite avec leur fils Alexandre, légèrement plus âgé que Liza. Les deux enfants s’entendaient à merveille, comme frères et sœurs.
Début septembre, Ben amena Gérald à San-Antonio au QG de Valeiro pour lui montrer le nouveau bâtiment qui était dans sa phase terminale. Il se rappelait avoir visité son futur bureau ainsi que l’appartement privé qui n’attendaient plus que son choix concernant les peintures des sols et des murs. Il ne s’était pas aperçu du sourire satisfait que Ben avait affiché quand il était resté muet devant son futur chez soi.
Mi-septembre, Gérald s’était rendu à Quantico, l’école où les jeunes recrues du FBI faisaient leur classe. Francis Hamilton, directeur de l’agence, habituellement cloué dans son bureau de Washington, avait

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spécialement fait le déplacement afin de l’accueillir lui-même. Après avoir pris de ses nouvelles et celles de son beau-frère, il lui avait remis sept dossiers confidentiels.
- Cinq femmes et deux hommes, lui avait il dit. Le DNI et moi pensons qu’ils ont tous et toutes les qualités requises pour faire partie de votre nouvelle équipe. J’ai bien entendu examiné de près le rapport que m’a remis monsieur Morris sur l’enquête que vous avez tous deux menée sur le dénommé Valéry Millet alias Victor Myst. C’est en fonction de cela qu’avec son accord, je vous propose ces sept agents en sachant que vous ne devrez en engager que cinq voire moins ; le budget consacré aux renseignements devient au fil des ans de plus en plus exigu avait-il dit amer.
Gérald partagea le déjeuner avec lui et reprit l’après-midi même l’avion pour Houston puis la correspondance pour San-Antonio. Le colonel Sandy Tallence de la DEA le joignit et lui demanda de ses nouvelles ; ensuite elle lui expédia sur site sécurisé le dossier de l’un de ses agents, maintenant à la retraite, mais susceptible de l’aider grâce à son expérience ; elle l’avait appelé pour savoir s’il se sentait prêt à reprendre du service et lorsqu’elle lui avait appris qu’il serait dans l’équipe et sous les ordres du Marshal Gérald Phillips, il avait aussitôt dit oui !
- Ensuite, lui avait-elle expliqué, à vous de vous faire votre opinion du bonhomme.
Afin d’étudier sereinement tous les dossiers, il était revenu à la Riviera. Il passa son temps sur la terrasse, prenant par ci, par là, des notes, revenant sur certains critères professionnels, tentant de percer à jour les qualités et les défauts de chacun, grâce aux annotations confidentielles de leurs supérieurs. Les journées de ce début septembre étaient belles et ensoleillées mais dès que le soleil se cachait, la fraîcheur tombait et il devait rentrer. Au bout d’une semaine d’intense réflexion, il avait arrêté son choix mais il préféra requérir l’avis de ceux qui seraient désormais ses nouveaux adjoints : Carole et Fabio. Il leur demanda donc de se joindre à lui.
Ils étudièrent assidument le profil des nouvelles recrues, entrecoupé de quelques baignades, déterminant les tâches précises de chacun. Ils parvinrent ainsi, à un personnage près, au même résultat que lui. Ils devaient être sûrs. Sous peu, ces hommes et ces femmes formeraient

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un groupe aussi soudé qu’une famille, se protégeant mutuellement les uns les autres contre les dérives meurtrières d’un ennemi impitoyable. Une note confidentielle, venant du département action de la CIA, était arrivée sur le bureau de Ben Morris à la mi-octobre, faisant état d’une probable résurgence de Millet en Afrique du nord. Il avait aussitôt averti Gérald. Millet était placé en troisième position parmi les dix terroristes les plus recherchés de la planète. Une porte claqua et il se redressa ; il tourna la tête vers le réveil posé sur la table de nuit : 6h50 ! Le temps filait si rapidement !
Prestement il se leva, et alla ouvrir l’armoire coulissante ; il saisit le premier costume pendu devant lui quant il avisa une housse noire. Intrigué, il la sortit, la posa sur le lit et fit glisser la fermeture éclair. Apparut un costume beige en vigogne qu’il n’avait encore jamais eu l’occasion de porter, que lui avait offert Versia, l’avant veille de Noël 94, un jour avant son assassinat. Son cœur se mit à battre la chamade et il dut inspirer à plusieurs reprises pour calmer les battements désordonnés de son cœur. Il avait totalement oublié ce cadeau ; il avait des excuses. Il passa une chemise blanche et enfila le pantalon et la veste. Le toucher du fin lainage était d’une extrême douceur et l’ensemble lui allait comme un gant ; il récupéra ses mocassins sous le lit et alla se resservir une tasse de café. La cuisine aménagée possédait tous les derniers équipements en matière d’électroménager. Malgré cela, Gérald préférait prendre ses repas à la cantine de l’établissement ou bien à l’extérieur, dans la pizzéria de son ami Enzo, toujours très animée.

Aujourd’hui enfin c’était le grand jour. Toute sa nouvelle équipe serait présente à la réunion de ce matin. Sur les neuf personnes présentes, il n’en connaissait que trois : Fabio, Carole et William Bahaut. Lorsque Gérald lui avait demandé si parmi ses connaissances, il pouvait lui conseiller un pilote sachant manier tout ce qui était susceptible de voler, William s’était immédiatement proposé. Il avait une dette envers lui et Ben, pour les avoir aidés et soutenus, Suzanne et lui, auprès du juge ; il en avait une autre, envers une femme blessée et une fillette meurtrie, à qui il avait fait la promesse de retrouver l’assassin d’un mari et d’un père. Le colonel Arnold Gees était au Guatemala,

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appelé pour un soutien héliporté d’agents du renseignement en pleine guerre civile. La présence de William avait été très appréciée.
Il regarda une nouvelle fois sa montre ; les aiguilles affichaient 7h25. Il se leva, nettoya sa tasse et sortit de l’appartement ; sa secrétaire, Agnès, était déjà présente à son poste comme depuis de longues années au service de Gérald. Indispensable et fidèle au marshal, elle filtrait ses appels, ne lui passant que ceux revêtant de l’importance ; pour le reste, démarcheurs, représentants et scientologues, elle opposait un rempart tant hermétique que ces visiteurs indésirables renonçaient tous, découragés à l’avance de prendre le moindre rendez-vous.
Gérald traversa le secrétariat et entra dans son bureau. Il contourna son bureau et vérifia que les neuf dossiers nominatifs qu’il lui avait demandés jeudi avant de partir, étaient tous prêts. Tout était en ordre. Il prit la télécommande posée à sa gauche et du pouce actionna la flèche du haut. Les stores se levèrent sans bruit laissant entrer les premières lueurs du jour dans la pièce. Il entrouvrit une baie et posa un pied sur la terrasse ; une bonne odeur d’herbe fraîchement coupée lui envahit le nez ; il emplit ses poumons d’air et relâcha doucement son souffle ; deux petits coups frappés à la porte le firent se retourner.
- Oui ? Entrez ! cria-t-il
Agnès entra, un grand sourire aux lèvres.
- Bonjour monsieur ! dit-elle avec l’accent chantant du sud, vous avez passé un bon week-end ?
- Bonjour Agnès ! Excellent, merci ; il faisait très beau à Corpus ! Et… vous ici ?
- Médiocre monsieur : nous avons eu beaucoup de pluie et de vent, mais c’est ainsi ; voulez vous un café en attendant vos visiteurs ?
- Le vôtre étant bien meilleur que celui que je me prépare chaque matin, ce n’est pas de refus. Vous êtes arrivée bien tôt ce matin ?
- Oui, je voulais m’assurer qu’il ne manquait rien pour votre réunion de tout à l’heure. Elle s’empara des chemises ; je vais aller disposer ces dossiers dans la salle de réunion et demander au self de préparer quelques cafetières de café supplémentaires ainsi que des boissons fraîches.
- Parfait ! Merci Agnès ; vous veillerez à ce que chacun ait un bloc et un stylo à portée de main, voulez vous ?
Le sourire de la femme s’élargit.

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- La salle est opérationnelle depuis vendredi ; tout est fin prêt ; je n’ai laissé que ces documents ici, afin que vous puisiez les consulter.
A son tour, Gérald lui rendit son sourire.
- Que ferais-je sans vous Agnès !
- Je n’ose même pas l’imaginer Marshal ! Je vous prépare votre café
Elle sortit, laissant la porte entrouverte.
Le téléphone sur son bureau sonna. Il décrocha.
- Oui ?
- C’est Bernie monsieur ; vous avez allumé votre écran de contrôle ?
- Un instant ! Gérald brancha son PC, appuya sur la touche dédiée caméras et attendit quelques secondes.
Sur l’écran, plusieurs vues panoramiques de l’intérieur de la bâtisse s’affichèrent. Il reprit le combiné.
- J’y suis Bernie, qui a-t-il ?
- Voyez la caméra du hall monsieur ! Gérald agrandit la vue n°1 de son écran à l’aide d’une touche. Il vit le gardien debout, téléphone en main faisant face à Fabio et Carole.
- Oui Bernie je vous vois ainsi que deux de mes amis à vos côtés !
Le gardien hésita un instant.
- Ha ! Désolé monsieur ; avaient-ils rendez vous ?
- Oui Bernie, consultez votre registre ; j’attends neuf personnes ce matin. Agnès n’a peut-être noté que leurs prénoms ?
Il vit le gardien tourner la page d’un gros cahier d’un doigt malhabile.
- C’est tout à fait exact monsieur ! Je vous prie de m’excuser de vous avoir dérangé ; je leur indique immédiatement votre bureau.
- Je les attends ! Il reposa le téléphone et se leva.
En sortant dans le couloir, il demanda à sa secrétaire d’apporter le café et deux tasses supplémentaires puis, d’un pas alerte, alla accueillir les deux agents. C’était la première fois que tous deux venaient lui rendre visite dans ce nouveau bâtiment ; ils connaissaient déjà le QG de Valeiro mais avant que cette partie ne soit construite. Fabio, ex-tueur à gage au service des parrains de la mafia, avait sauvé la vie de Gérald et était devenu un intime de la famille Phillips et Morris*. (*Voir La traque)
Sa connaissance des armes et l’appui de ses amis lui avait valu une reconversion des plus surprenantes : il était devenu instructeur de tir civil au centre du FBI à Houston. Il avait connu Carole Dupré un an

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auparavant et il était tombé éperdument amoureux d’elle. Il avait quitté et vendu son bel appartement de New-York pour rester vivre auprès de la jeune femme.
Carole, trente deux ans, était française et ex-capitaine au RAID à Paris ; elle était venue aux Etats-Unis afin de se perfectionner en apprenant les nouvelles méthodes de l’anti-criminalité à l’agence du NRO de San-Antonio. S’étant trouvée entraînée dans l’équipe du Marshal Phillips puis Morris, elle avait obtenu de ce dernier un poste au FBI avec le grade d’agent spécial et était restée aux USA.
- Comment allez-vous tous les deux ? dit Gérald en embrassant ses deux amis ;
- Bien, très bien ! en fait dit Fabio avec un clin d’œil malicieux, il me tarde de me mettre enfin au boulot !
Gérald sourit à son ami en les fit entrer dans son bureau.
- Et vous Carole ? Vous avez une petite mine ! Vous n’êtes pas venus le week-end dernier !
- Nous avons passé une semaine épouvantable à la boite lui avoua t’elle ; nous avons dû libérer nos bureaux samedi ; le chef Broodick nous avait préparé un pot de départ.
- Et nous sommes restés au lit toute la journée d’hier termina Fabio en la prenant par la taille. Tu as eu beau temps toi, à Corpus ?
- Oui. L’eau était encore assez chaude pour s’y baigner.
Un petit coup frappé à la porte l’interrompit.
- Entrez Agnès, entrez. Il débarrassa les quelques papiers éparpillés sur son sous-main ; tenez posez tout ça là, merci. Elle déposa le plateau devant lui, salua les deux agents et s’éclipsa.
- Je vous sers un café ?
- Oui, merci. Nous sommes les premiers ?
- Oui ! Ils ne vont pas tarder ; vous n’avez eu aucun mal à quitter votre poste à Houston pour m’aider à reformer l’équipe ?
- Oh non ! dit Carole en mettant un sucre dans sa tasse ; nous étions prêts tous les deux à démissionner si Broodick ne nous avait pas autorisés à te rejoindre. Fort heureusement, Ben s’en est mêlé. Si je peux me permettre, Gérald, vous semblez fatigué ?
Le policier vida sa tasse d’un trait avant de lui répondre.
- Vous le pouvez Carole et pour vous répondre franchement, oui je suis fatigué ! Fatigué d’attendre, fatigué de savoir qu’un salaud parcourt

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impunément l’Europe sans qu’on puisse le stopper. Laura m’a expédié un message pour me dire que ses services avaient repéré Millet en Afrique du nord mais qu’ils avaient perdu sa trace quelques jours plus tard. Selon son service, il pourrait ressurgir d’un jour à l’autre. C’était il y a quinze jours. Une autre tasse ?
- Oui dit Fabio en tendant la sienne, et aujourd’hui ?
Gérald prit le temps de servir Carole et de remplir sa propre tasse. Tous deux étaient suspendus à ses lèvres et attendaient.
- Aujourd’hui, Hamilton m’a demandé de reformer une équipe car le service des douanes canadien l’aurait peut être localisé.
- Génial ! s’écria Fabio, où ça?
- A Vancouver, côté british !
Il lut l’étonnement sur leurs visages.
- Décidément remarqua Carole, il semble attiré par les îles !
Les deux hommes hochèrent la tête.
- Si c’est bien lui ! Qu’est-ce qu’il vient foutre au Canada ? questionna Fabio.
Gérald haussa les épaules.
- Je n’en sais rien Fab ; c’est ce que doit nous apprendre Laura ; il consulta sa montre, dans un peu plus d’une heure. Son avion atterrit à 9h00 et elle nous rejoint. Bon ! Il va être huit heures, allons accueillir la nouvelle équipe !
Tous trois sortirent dans le couloir et empruntèrent un escalier en colimaçon qui les amena au bout d’une montée d’une dizaine de marches dans la salle de réunion située au dernier étage. Celle-ci, de forme circulaire, était entourée par une large terrasse l’entourant. Ici aussi, de grandes baies en verre teinté, laissaient entrer la lumière du jour. La table de conférence pouvait accueillir une vingtaine de personnes. Pour l’instant la moitié des fauteuils étaient en place. Devant chacun d’eux se trouvaient un dossier et un bloc de papier avec stylo. Trois thermos, dont deux contenaient du café et l’autre du thé, entouraient des bouteilles de jus de fruits et eaux minérales rassemblées en fond de table.
- Je peux jeter un coup d’œil à l’extérieur ?
- Bien entendu Carole.
Elle ouvrit la porte fenêtre et alla faire le tour du propriétaire. De ce côté, elle avait une vue sur les jardins et les nombreuses variétés

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d’arbres allant du palmier à l’olivier en passant par les pins et les peupliers. Côté entrée, elle apercevait la rivière, la River Walk, et une dizaine des trente cinq ponts s’étalant le long de quais. Les bars avaient déjà disposé leurs tables en terrasse et les serveurs se faufilaient habilement entre les clients pressés qui allaient débuter leur journée de travail. Elle rejoignit Gérald et Fabio à l’instant où l’on frappait à la porte.
- Entrez ! cria Gérald.
Agnès passa sa tête par l’entrebâillement de la porte.
- Vos visiteurs sont arrivés monsieur !
- Merci, faites les entrer ; n’oubliez pas d’envoyer une voiture chercher l’agent Imbert à l’aéroport !
- C’est noté monsieur. Tenez dit elle en lui tendant un dossier, voici les états de service que vous aviez demandés !
- Ha, merci.
- Y a-t-il autre chose que je puisse faire monsieur?
- Non ce sera tout pour l’instant.
Il posa le classeur en bout de table. Au fond de sa poche son portable vibra. C’était un appel de Ben.
- Salut mon vieux, j’espère que ta réunion n’a pas encore commencé ?
- Dans un instant Benoît fit Gérald en s’éloignant vers la terrasse ; trois jeunes femmes entrèrent suivies d’un homme au crâne rasé et de deux jeunes à l’allure décontractée. Que se passe t-il ?
- William Bahaut m’a appelé hier au soir en me demandant s’il était indispensable pour lui d’assister à cette réunion. Samantha ne va pas bien ; le contrecoup de la mort de Ron vient tout juste de ressurgir et elle passe d’épouvantables moments ; heureusement que les parents de Vic sont là pour la soutenir ! Je lui ai affirmé que sa présence n’était pas, pour l’instant, utile. Lui et sa femme Suzanne ont pris Liza chez eux, le temps que Sam se refasse une santé ; elle ne veut pas perturber la petite avec ses cauchemars. Tu peux toujours le joindre sur son portable. Voilà je voulais juste te prévenir ! Je devrais venir avec Sarah et Julia ce week-end à Corpus ; pour une fois que l’agenda de ta filleule et celui de ta sœur sont libres de tous rendez vous ! Le mien devrait l’être aussi. Sinon, comment vas-tu ?

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- Bien, très bien même et encore mieux quand Laura m’aura confirmé que c’est bien Millet qui a été vu à Vancouver. Tu es bien entendu au courant ?
- Oui, Hamilton et Norits m’ont appelé pour me l’annoncer. Laura collecte les éléments confirmant sa présence ; nos agents à Vancouver sont en état d’alerte mais pour le moment je n’ai pas d’autres infos ; Laura en sait peut-être plus.
Gérald resta un moment sans répondre, songeur.
- Tu es toujours là ?
- Heu… oui ! Excuse-moi Ben je réfléchissais ! J’essaierai d’être présent samedi à Corpus, j’aimerais bien que nous puissions en parler un peu tout les deux.
- D’accord mon vieux, idem de mon côté ! Je te laisse. Bonne semaine à toi ! Envoie mon bonjour à Fab et Carole veux-tu ?
- Ce sera fait Ben ! Allez tchao !
Il replia son portable et l’enfouit dans sa poche. Pendant l’appel, toute sa future nouvelle équipe avait fait son entrée et prenait silencieusement place autour de la table. Gérald leur fit face, scrutant chacun d’eux.
- Bonjour à tous attaqua-t-il ses deux poings appuyés sur le rebord de la table, je suis très heureux de vous accueillir ici à Valeiro. Au fil des jours qui vont suivre nous allons apprendre à mieux nous connaître et, j’espère, nous apprécier. Vous avez devant vous un dossier résumant l’enquête que nous avons menée l’année dernière contre Victor Myst, alias le professeur Valéry Millet. En fin de chapitre, plusieurs pages blanches sont là pour que vous notiez toutes les questions que vous souhaiteriez aborder. Mes deux collaborateurs, l’agent spécial Carole Dupré et Fabio Lucciano se feront un plaisir de vous y répondre. Auparavant si vous le permettez je voudrais que chacun d’entre vous, à tour de rôle se présente ; ensuite nous prendrons une collation et nous nous mettrons au travail.
Donnant l’exemple il se présenta à eux ; puis ce fut au tour de Carole et Fabio suivi de Dréa Mattéo, Diane Duncan et Natacha Lee. L’homme chauve s’appelait Franck Nash ; le colonel Sandy Tallence l’avait persuadé de se présenter ; enfin les deux benjamins de l’équipe, Oliver et Dany Nolte que tous les agents présents connaissaient déjà.

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- Fort bien fit Gérald ; bienvenus à tous dans cette nouvelle équipe ; nous allons prendre une boisson avant de nous plonger dans le dossier. Venez.
Il se dirigea vers le fond de la pièce, imité par les participants ; tous se retrouvèrent un gobelet en main, en train de faire plus ample connaissance. En serrant la main de l’agent Lee, Gérald fut surpris de la poigne ferme de la jeune femme. Aussi grande que lui, habillée d’un jeans et d’un gros pull, elle lui présenta les deux autres jeunes femmes, venues de Quantico.
- Monsieur, permettez-moi de vous présenter Dréa Mattéo, major de la promotion 93 et Diane Duncan, major elle aussi, l’année dernière. C’est un honneur pour nous d’avoir été sélectionnées et prises !
- Vous n’avez pas à me remercier agent Lee, ce sont vos états de service à toutes trois qui nous ont permis de valider notre choix ; il se tourna vers les autres agents et éleva la voix pour se faire entendre. Approchez, merci de m’accorder une minute d’attention ! Les agents se regroupèrent autour de lui. Dès cet instant vous faites tous partie de mon équipe, cela exige certaines règles. La première est que tout ce qui se dit ici doit rester là dit-il en posant son index sur son front. La seconde, quelque soit le problème qui vous préoccupe, personnel ou professionnel, venez immédiatement m’en parler. Ici pas de psy, nous assumons nous même ce rôle en nous faisant mutuellement confiance, ce dernier mot étant la base de tout ! Troisième règle, nous formons une famille où nous sommes tous solidaires les uns des autres et où nous nous protégeons mutuellement.
Comme vous le verrez, d’autres agents, venant d’autres services, vont se greffer à notre équipe. Ces hommes et ces femmes ont déjà fait partie de notre équipe et connaissent donc ce que je viens de vous dire. La règle des 3C sera notre leitmotiv : Courage, Confiance, Cohésion.
Autour de lui, tous les visages étaient attentifs. Décidant de détendre un peu l’atmosphère, il ajouta.
Il est de tradition qu’entre nous, nous nous appelions par notre prénom mais ce n’est en aucun cas une obligation, cela facilite nos rapports. Servez-vous à boire, j’en ai terminé.
Fabio s’était approché des trois jeunes femmes.
- Moi c’est Fabio pour les hommes et Fab... Carole s’était rapprochée en souriant vers le petit groupe.

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- Et Fab poursuit-elle c’est pour moi, n’est ce pas ?
Les trois nouvelles recrues s’esclaffèrent. Fabio prit un air légèrement embarrassé.
- C’est justement ce que j’allai dire à ces demoiselles !
Satisfaite, Carole leur adressa un clin d’œil et alla retrouver les jumeaux avec lesquels elle était en conversation. Gérald, qui avait tout entendu, s’approcha de son ami et lui prit le bras.
- Ce sont là les joies d’être muselé par une tigresse mon ami. Il le laissa converser avec les trois jeunes femmes et alla s’asseoir en bout de table, un gobelet de café à la main. Il s’empara du dossier posé face à lui et l’ouvrit pour en extraire une dizaine de pages contenant les cinq fiches de renseignements qu’il connaissait déjà par cœur. Suivant son exemple, chacun revint prendre sa place et prit connaissance de son dossier.
Il saisit la première feuille cartonnée, celle de Natacha Lee.

- Eurasienne de 34 ans, agent spécial instructeur du groupe d’Intervention à Quantico. De parents vietnamiens, elle a vu le jour à Seattle et exerce depuis huit ans son métier au FBI. Veuve, elle vit avec sa fille Maggie âgée de neuf ans dans une villa de fonction que l’agence réserve à ses cadres à proximité de la base. Même vêtue d’un treillis sa beauté et son élégance naturelle font d’elle le point de mire des hommes et quelquefois de femmes qui la croisent. Elle parle et orthographie parfaitement six langues et possède une maîtrise en droit pénal ; de plus elle est experte en armes et troisième dan de taekwondo. C’est elle qui a proposé à son amie Diane Duncan de se présenter.
Points forts : intelligente, intuitive et cultivée. Sa connaissance des langues est un atout pour l’agence de même que son charme. Sincère et fidèle en amitié. Persévérante dans le travail. Disponible. Toujours de bonne humeur. Loyale et dévouée. Débordante d’énergie. On peut lui confier des missions délicates (voir dossier annexe).
Points faibles : à notre connaissance aucun, hormis sa fille.
Confidentiel : a renoncé à ses études de juge après la perte de son mari il y a dix ans lors d’une fusillade dans une banque où il était employé. A tenu à assister à l’exécution de son assassin par injection létale. L’année suivante elle a déménagé pour se fixer avec sa fille de deux ans en Virginie, à Salem. Elle déménage trois mois plus tard pour

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entrer comme stagiaire à Quantico. Des amitiés avec très peu d’hommes mais aucun ami sérieux connu. Ses parents vivent toujours au Vietnam dans la province de Nam Dink, le long du fleuve Mékong ; elle leur rend visite une fois l’an avec sa fille. Ne boit pas, fume très peu et n’est accro à aucun médicament ou drogue. Sexuellement hétéro. Sujet sérieux et fiable. Excellente recrue. Progression indéniable dans la hiérarchie de l’agence.
Loisirs : Lecture (Histoire). Sport et endurance. Ski. Bricolage. Balades avec sa fille.

Francis Hamilton FBI / Gérald Phillips FBI

Gérald adressa un sourire à l’agent Lee qui venait de prendre place aux côtés de Carole ; celle-ci le regarda en fronçant ses longs sourcils puis un sourire se dessina machinalement sur sa bouche pulpeuse laissant apercevoir une double rangée de dents d’une blancheur étincelante.
C’est vrai se surprit-il à penser, c’est une très belle femme ! Aussitôt le visage de son amie Versia se superposa à celui de l’agent et tel un fer chauffé à blanc fouilla ses entrailles avec une telle violence qu’il dut fermer les yeux un instant en serrant fortement ses mâchoires. Au bout d’une minute, la douleur s’estompa ; il se versa un grand verre d’eau, prit une aspirine et le vida d’un trait.
Il saisit une autre fiche. Diane Duncan ; la jeune fille parlait avec son amie Lee tout en jetant des regards rieurs sur les jumeaux en conversation avec Fabio et Carole.

- Diane Duncan, 24 ans, agréable brune née à Buffalo, Canada ; vit en couple, non mariée sans enfant. Major de la promotion 94 à Quantico. Parents divorcés. Sa mère Elisabeth Duncan, née Malvil est aide soignante à l’hôpital central de Buffalo, le Country Hôpital Full. Son père, Patrick Duncan vit à Bruxelles en Belgique où il exerce la profession de chauffeur de taxi. A dix neuf ans, après des études classiques, elle part à Saint Paul dans le Minnesota où elle est admise dans un centre pour sportifs de haut niveau. Là, elle rencontre celui qui va devenir son petit copain, Jefferson Hooker, son professeur de karaté alors âgé de 25 ans. Celui-ci donne des cours une fois par mois à Quantico ; pendant un an, Diane dispense les cours avec lui à l’école

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du FBI puis elle passe son concours d’entrée. Ayant été reçue, elle intègre le centre devenant ainsi, à vingt ans, la plus jeune stagiaire de l’agence. Excellente sportive, elle se distingue par des aptitudes physiques assez rares. Elle est championne inter-agences de karaté catégorie –de 65 kilos en 91, 92 et 93. L’agence la pressent un moment pour les Jeux Olympiques. Passionnée d’histoire, elle prépare une thèse sur la civilisation précolombienne. Diplômée d’un Bac Littéraire et d’un Professorat en éducation physique, elle a depuis peu obtenu le diplôme d’agent spécial.
Points forts : courageuse, réfléchie, passionnée. Elle excelle au tir, rivalisant souvent avec son instructeur. Physionomiste, elle possède une excellente mémoire photographique. Très concentrée dans son travail. Très bonnes relations avec ses collègues hommes et femmes confondus.
Points faibles : entêtée, relations parfois tendues avec sa hiérarchie, fonceuse. Oublie souvent ce que le mot diplomatie ou ordres veulent dire.
Loisirs : Rallye automobile. Plongée. Escalade. Saut en parachute. Continue le karaté (6éme Dan)

Francis Hamilton FBI / Gerald Phillips FBI

Une jeune fille plein d’entrain pensa Gérald en regardant la jeune femme maintenant concentrée sur son dossier ; il piocha un nouveau feuillet. Fabio qui était encore debout en conversation avec Franck Nash lui fit signe de les rejoindre. Il retourna la fiche qu’il tenait et se leva. Tous les autres agents étaient assis et planchaient sur leur dossier. Les frères Nolte levèrent la tête avec une étonnante synchronisation quand il passa, avant de se replonger dans leur lecture, tout en sirotant un Pepsi light. Il avait déjà salué Nash mais n’hésita pas à lui tendre une nouvelle fois la main. La poigne de l’homme avait la force de l’étau. Son crâne rasé luisait sous la lumière du jour. Ses yeux noirs perçants étaient atténués par d’infimes rides qui s’accentuaient lorsqu’il souriait, comme en ce moment. Il était vêtu d’un costume beige et d’une cravate bleu marine sur une chemise blanche. Un parfum discret émanait de sa personne. Une fine cicatrice sous son œil gauche barrait sa joue jusqu’au menton. Malgré cela son visage

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reflétait une bonne dose d’humour et un sentiment d’honnêteté sincère. Sa bouche se fendit d’un sourire.
- Nous n’avons guère eu le temps de nous parler Marshal Phillips fit il en préambule. Je suis réellement ravi de reprendre du service à vos côtés. Je ferai de mon mieux pour vous apporter les connaissances que j’ai acquis depuis ces années passées dans différents services. Je me suis permis de demander à monsieur Lucciano de vous faire venir, car je connais votre ami dit-il en prenant amicalement le bras de Fabio. Nous n’étions pas du même côté tous les deux mais qu’importe, ce temps là est révolu et je tenais à vous dire que je suis heureux aujourd’hui de faire équipe avec lui ; laissons le passé au passé et concentrons nous sur l’avenir !
Gérald hocha la tête, quelque peu surpris par cette tirade.
- Le hasard a fait qu’une telle chose soit arrivée dit-il. Comme vous avait dû l’apprendre du colonel Sandy Tallence, non content d’être mon premier adjoint, Fabio est surtout mon ami, un homme sur lequel je peux compter et qui m’est irremplaçable. C’est à ce titre qu’il est au poste qu’il occupe. Comme vous l’avez si bien dit, l’époque dont vous parlez est révolue et de ce fait je vais vous demander monsieur Nash de rejoindre vos collègues afin de prendre connaissance de votre dossier.
Fabio, qui avait écouté, tendit sa main à Nash.
- Bienvenue au sein de notre équipe Franck !
Nash saisit la main tendue et la secoua.
- Merci Fabio ; merci à vous Marshal !
Saisissant son gobelet, il retourna à sa place et ouvrit la chemise posée devant lui.
- Tu crois que…
- Ça va aller lui répondit Fabio, rassure toi ; je vais retrouver Carole on reparlera de tout ça plus tard !
Gérald lui sourit.
- Ok mon vieux, c’est toi qui gère la chose mais si tu vois qu’un conflit peut éclater entre lui et toi, avertis-moi, d’accord ? Je compte sur toi.
Fabio lui serra le bras
- Merci Gégé murmura t’il.
- De rien mon ami, allez, rejoins ta place.

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Gérald se servit un autre café, ajouta du sucre, et revint s’asseoir derrière le bureau. Il retourna la fiche abandonnée quelques minutes plus tôt et entama sa lecture.

- Dréa Matteo : jeune femme de 27 ans, célibataire, rousse au tempérament fougueux, née à Palerme, Italie. Arrive avec ses parents à Springfield, Illinois, à l’âge de trois ans ; ces derniers tiennent toujours la même épicerie dans le quartier latin de la ville. Après quelques petits boulots, elle postule à 19 ans comme fonctionnaire de police au commissariat de son quartier. Elle y est admise au moment même où une note interne recrute des fonctionnaires possédant leur Bac afin d’étudier la psychologie comportementale par des cours du soir gratuits pris en charge par le ministère de la défense. Elle décroche deux ans plus tard sa licence en psycho avec mention. C’est son supérieur, le commissaire principal Batistani venant de la même ville qu’elle, qui l’incite à se présenter à l’examen d’entrée du FBI. Il trouve dommage que cette jeune fille pleine d’entrain et d’intelligence passe son temps derrière un bureau à remplir des formulaires. Le jour de ses 24 ans, elle reçoit une lettre du Fédéral Bureau of Investigation de Washington lui annonçant qu’elle vient d’être admise à l’académie de Quantico avec une note de 18,75 sur 20 ; cela fait d’elle la deuxième meilleure note décrochée par des candidats admis au sein de l’agence. Intégration réussie dès la première semaine de son arrivée. (D’après les dernières estimations, les jeunes recrues commencent à trouver leur place à partir du troisième mois passé sur le camp)
Points forts : du caractère, persévérante et intuitive. Intelligente, modeste. Ne conteste jamais un ordre. Organisatrice hors pair de plan d’action pour la lutte anti-terroriste. Comprend et parle la plupart des langues et dialectes arabes. Solitaire (point fort ?).
Points faibles : peu sportive. A obtenu juste la moyenne concernant le tir et le parcours ciblé. Quelque peu émotive.
Confidentiel : le terrain n’étant pas son fort, elle compense par celui de l’organisation des troupes et du choix stratégique d’attaque ; c’est un fin stratège et c’est là son domaine de prédilection. Ne fume pas, ne boit pas, ni ne se drogue. Pas de contact connu avec la main noire. Assure pleinement sa bisexualité. Ses deux frères, Julio 22 ans, chef de chantier à la S.A.M Société Américaine de Maçonnerie à Chicago est

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marié et père de deux garçons ; l’autre, le plus jeune, Ricardo 18 ans a été arrêté en 93 pour possession de cocaïne. La clémence du juge lui a permis de choisir de purger sa peine de deux ans comme bénévole dans un centre de désintoxication à la place de cinq ans dans une prison fédérale. Il est entré au CARP, Centre d’Aide à la Réinsertion Professionnelle, de Springfield. A trouvé là un véritable sens à sa vie et vient d’obtenir son diplôme d’éducateur. Vit chez ses parents. Excellents rapports avec sa sœur aînée Dréa qui l’encourage dans cette voie.
Loisirs : Internet, lecture et balade seule en forêt. Pratique le yoga.

Francis Hamilton FBI / Gerald Phillips FBI

Gérald finit son café et jeta le gobelet dans la corbeille à papier. Natacha Lee releva la tête et lui adressa un timide sourire auquel il répondit puis il se replongea dans ses fiches ; il prit l’avant dernière.

- Franck Nash.
Rapport Ultra Confidentiel concernant monsieur Franck NASH par le capitaine Sylvestre, adjoint du colonel Tom Remi, patron de la cellule de déminage du SWAT. Classé Secret Défense. Autorisation de diffusion restreinte.
Franck Nash, homme de race blanche né le 11 septembre 1939 à Baltimore, Maryland. Après de brillantes études au Columbia Institut, dans le domaine de la composition et formation des photons, il entre à 24 ans dans un laboratoire de recherche pour le compte de la NSA, dans sa ville avec une maîtrise de physique-chimie en poche. Il met au point un composant classé S.S.D. Stop Secret Défense, permettant de réduire de 90% l’effet pervers de l’explosif C4 ; cette découverte lui vaut un Honoris Causa et une place en tant que professeur et spécialiste des armes de destructions massives. Il a 27 ans, lorsque notre service de New-York réussit à l’embaucher et lui confie la direction d’un tout nouveau laboratoire de recherches situé dans le désert du Nevada, à Pioche. Cette base ultrasecrète est appelée UT 111. Pendant cinq ans, Nash dirige une poignée des meilleurs scientifiques et chercheurs du pays et découvre de nouvelles méthodes pour domestiquer l’effet de souffle de certains types d’explosifs en utilisant des ondes radios à très

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basses fréquences. Ces recherches sont classées U.S. Ultra Sensible Le président Johnson ainsi que deux membres de son entourage immédiat sont seuls au courant des résultats obtenus à Pioche.
Suite à une vague d’attentats sans précédent à travers le pays, Nash est rappelé à New-York, laissant la direction du labo à son plus proche collaborateur. Il doit former des agents du SWAT au déminage et au désamorçage de colis piégés. Il met au point des robots mécanisés qui, dirigés par radio, opèrent sur les cas les plus probables d’explosion. A 33 ans, il se trouve de plus en plus souvent sur le terrain et participe à de nombreuses opérations. Solitaire et très secret, il ne s’attire guère la sympathie de ses collègues ou de ses supérieurs, mais tous le respectent et bon nombre lui doivent d’être encore en vie. Il se marie à 34 ans avec Viviane Logan, canadienne et professeur de français au Barnard Collège. Moins d’un an plus tard, alors enceinte de trois mois elle se rend à sa banque et se retrouve prise en otage avec vingt et une autres personnes par un groupe de six terroristes palestiniens qui réclament un avion à destination de leur pays. Nash se rend sur place et apprend du chef des opérations que trois des malfaiteurs se sont évadés l’avant-veille du quartier de haute sécurité de la prison de Rod Island où ils étaient en attente de leur exécution. Ils sont jugés ultra dangereux et n’ont rien à perdre. Les négociations durent toute la journée et le lendemain à 5 heures du matin, le maire et le chef de la police décident de céder aux exigences des malfrats. Une fourgonnette est amenée devant la banque et, se servant de leurs otages comme boucliers, les terroristes se rendent à l’aéroport Roosevelt, où un DC10 les attend, réservoirs pleins. Avant l’envol, dix otages sont relâchés mais les douze autres restent à bord ; parmi eux, la jeune épouse de Franck. La NSA a eu le temps de dissimuler une mini caméra et des micros dans la carlingue de l’avion. C’est là qu’ils écoutent et découvrent horrifiés le véritable plan des terroristes. Il ne s’agit ni plus ni moins que de faire exploser l’appareil sur le Air Command Strategic de l’armée américaine basé à Fort Hemming, près de Washington. Sans compter le millier de morts, le pays serait paralysé pendant plusieurs mois et à la merci de groupes terroristes internationaux. Après de nombreuses discussions, le président Carter et ses conseillers décident d’abattre l’avion alors que ce dernier fait une boucle au-dessus de l’Atlantique nord pour rejoindre Washington

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C’est dans le plus grand secret que le président et ses proches autorisent un avion Furtif B2 de détruire l’avion. Le conseiller à la Maison Blanche déclare quelques instants plus tard que l’appareil a disparu des radars, quelque part au-dessus de l’atlantique ; les spécialistes pensent que les terroristes ont fait sauter l’appareil lorsque le premier ministre jordanien leur a refusé le droit de se poser à Amman ; il assure enfin aux familles des otages, que tous les moyens seront mis à la disposition des enquêteurs afin de retrouver l’épave. Franck Nash harcèle les services de renseignements et de secours et douze heures plus tard, la nouvelle tombe : le DC10 s’est abimé à dix milles de Philadelphie dans l’océan Atlantique. Aucun espoir de retrouver le moindre survivant ; l’avion gît par plus de trois mille mètres de fond. Franck Nash se rend sur place avec un hélicoptère de l’armée et ne peut que constater que les morceaux de l’épave flottent encore. Le lendemain, il démissionne.
Quatre ans plus tard, en 1977, alors âgé de 39 ans, il demande son affectation à la DEA en tant qu’agent de terrain. A ce jour, soit 21 ans plus tard il ne sait toujours pas la vérité sur le soi-disant crash du DC10.
Note confidentielle Colonel Remi – Capitaine Sylvestre. Février 73.
Gérald secoua sa tête, le menton dans sa main gauche. Un lourd fardeau à taire pensa t’il.
L’autre fiche, concernant toujours Nash, était établie par Herbert Tallence Patron de la DEA.
Il baissa sa fiche et regarda plus attentivement cet homme qui avait rendu tant de services à son pays alors celui-ci en retour, non content de lui avoir retiré un être cher, lui avait honteusement mentit tout au long de ces années. Un sentiment de dépit s’abattit sur les épaules du Marshal.
Il comprit alors l’amertume que pouvait éprouver ces hommes, ces soldats, qui revenant au pays après des années d’une guerre absurde, étaient rejetés par une population préférant se voiler les yeux afin de mieux y dissimuler leurs pleurs. Des hommes qui, comme son ami Fabio, semblaient avoir été eux récompensés d’actes pourtant répréhensibles commis quelques années plus tôt. Il ne pouvait deviner que Fabio était une de ces rares exceptions confirmant la règle. A lui d’en convaincre cet ex-agent. Se sentant observé, Nash releva la tête et

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fixa Gérald droit dans les yeux. Celui-ci lui fit un signe discret de la tête en désignant la buvette. Nash opina et reposant ses feuillets devant lui, se leva.
- Je pressens que vous avez un problème Marshal ? dit-il lorsque Gérald l’eut rejoint.
- C’est exact Nash, il se pourrait que se pose un problème ; je vous offre un autre café ?
- Un jus d’orange s’il vous plaît.
Gérald le servit et finit par prendre la même chose.
- Tout à l’heure je n’ai pas voulu être désagréable envers vous ; Nash haussa les épaules ; je tiens à mettre les choses au point et être clair pour que tout se déroule sous les meilleurs auspices. En peu de mot Gérald lui raconta sa rencontre avec Fabio, comment celui-ci lui avait sauvé la vie et leur amitié qui durait maintenant depuis de nombreuses années. Puis s’éclaircissant la voix, il lui confia les malheurs qui récemment lui étaient arrivés et qu’il avait surmontés en grande partie grâce une fois encore à son ami et à l’agent Dupré. Nash ne l’interrompit pas une seule fois. Il hocha de temps à autre la tête pour acquiescer aux paroles de son supérieur ; c’était là, une formidable marque de confiance que lui accordait cet homme, qu’il ne connaissait que par ouï-dire, de lui raconter les épreuves de sa vie ; il comprit aussi que le Marshal ferait tout pour le convaincre de travailler avec un ex-tueur de la mafia. Il comprit surtout l’amitié sincère unissant les deux hommes.
Gérald reposa son gobelet vide et fixa son interlocuteur droit dans les yeux.
Nash resta une bonne minute perdu dans ses pensées.
Pourrait-il avoir comme partenaire cet homme qu’il avait jadis chassé ? Allait-il pouvoir lui faire assez confiance pour remettre peut-être sa vie entre ses mains ? La question était, en serait-il capable et inversement, lui, le protégerait-il ?
- Pourquoi n’avez-vous raconté tout cela Marshal ?
Il connaissait déjà la réponse mais il voulait l’entendre de sa bouche.
- Simplement monsieur Nash à la lecture de votre dossier et au dévouement que vous avez porté envers votre pays et vos collaborateurs, il était de ma part correct que je vous instruise de

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l’amitié m’unissant à celui qui fut votre ennemi et pour lequel, si nécessaire, vous allez donner votre vie.
Nash sourit, hocha la tête et lui tendit la main.
- C’est limpide Marshal Phillips! Je pense qu’en lisant mon dossier, vous avez compris la répulsion que j’éprouve envers le terrorisme et le crime ; vous n’avez pas essayé de me convaincre mais de me dire simplement que l’horreur que j’ai vécu, vous-même y avait été confronté. J’ai reçu clairement votre message concernant votre ami. Je vais réviser mes jugements et surveiller mes propos ; vous pouvez d’ores et déjà compter sur mon entier concours.
Gérald lui rendit sa poignée de main, satisfait d’avoir pu dissiper un malentendu qui risquait de s’envenimer au fil des jours. Tous deux revinrent s’asseoir. En passant, Fabio leva des yeux interrogateurs vers lui. Gérald lui fit un clin d’œil avant de se rasseoir et reprendre sa lecture.

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L'auteur

Aujourd’hui âgé de 61 ans, j’ai appris, pendant trente ans mon métier de photographe à travers quelques grandes villes Française. Marié en 1985, sont nés de cette heureuse union mes trois enfants. Séparé en 2009, je me suis reconverti Bouquiniste et maintenant concepteur d’histoires policières en attente de devenir peut-être un jour écrivain. Je suis secondé, épaulé et conseillé dans cette tâche par mon fils qui de plus s’occupe de la conception des couvertures et mise en forme du futur livre. Une amie révise la lecture et prend part à la fastidieuse épreuve des règles de correction grammaticale. Ma belle-fille met une touche finale à ce travail car la langue de Molière ne se complet pas d’un seul correcteur.

LA TRAQUE, sorti en 2010, ne fut guère à la hauteur de mes espérances en matière de publication et d’impression ; la faute à des éditeurs au professionnalisme assez peu conventionnel. Il en fut de même un an plus tard lors de la sortie de la suite du premier volume intitulé LE CAMÉLÉON.

Ces deux thrillers ont été revus, repensés, réécrits et réédités en autoédition en fin de cette année 2014. A moi seul maintenant d’assumer les critiques de mes lecteurs. Ecrire est une gymnastique intellectuelle que je conseille à quiconque car nous sommes tous des écrivains dans l’âme. C’est le premier mot qui suivit d’autres vont former la première phrase ; le reste est l’œuvre de l’imagination, que nous possédons tous, là où le rêve et la réalité se confondent.

Je prends un fantastique plaisir à écrire mes histoires ; si de plus elles vous plaisent amis lecteurs, alors ne s’approche-t-on pas du Nirvana, de la quête de l’absolu ? chacun de vous en détient la réponse. Amicalement à vous tous, en vous souhaitant que de bonnes choses pour 2015 et les cent ans à venir.

Roland Joffre

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